mardi 9 mars 2021

Le 8 mars, c'est... compliqué. Parce que tout le monde a raison.


Hier matin, rendez-vous avec la Bagarre dans la Discothèque, comme dès que possible… 

Ce lundi, l’équipe a préparé des questions en relation avec la journée internationale de la f…, la journée internationale des dr…. Euh, enfin, la journée internationale du 8 mars, quoi. Vous voyez ? Non ? Oh allez… vous voyez laquelle ? 

Sous le couvert d’une entrée en matière sur le ton de l’humour (et du second degré, précisons-le), j’ai été interpellée par les diverses réactions que j’ai observées, à savoir plus de réponses sur l’appellation de la journée que sur les questions en elles-mêmes. La Bagarre dans la Discothèque s’est transformée en Bagarre dans les Commentaires pour déterminer si le 8 mars est la « Journée Internationale de la Femme » ou la « Journée Internationale des Droits de la Femme ». 

Où me suis-je située à ce moment-là par rapport au débat ? Honnêtement, nulle part… J’étais surtout extrêmement mal à l’aise parce que j’ai ressenti – alors que je suis moi-même femme ET féministe – énormément d’agressivité dans ces réactions. Ne pas être d’accord est une chose, le faire en attaquant sans arguments/sources décrédibilise – selon moi - la cause que l’on défend. 

Pour être honnête, je n’avais pas non plus la réponse à cette question mais brûlait par contre d’envie de la connaitre. Je me suis donc penchée sur de nombreux articles et sources pour en savoir plus sur le « Jour dont on aurait bien peur de prononcer le nom ». 

L’histoire du féminisme et de la lutte pour le droit des femmes est vaste et s’étend sur (presque) tout le globe : par exemple, la Belge Marie Popelin devient en 1888 la première Docteur en Droit de Belgique mais la juridiction refuse qu’elle prête serment en raison de son sexe. En conséquence, elle fonde en 1892 – notamment avec sa sœur, première diplômée en pharmacie de Belgique - la Ligue belge du droit des femmes.

 

Marie Popelin

En 1907, l’allemande Clara Zetkin est à l’origine de la première Internationale des Femmes socialistes. En 1910, durant la seconde édition, elle évoque pour la première fois dans un discours la création d’une « journée internationale des femmes », centrée sur l'obtention du droit de vote pour les femmes, et parvient à la faire voter. La première Journée de la Femme a lieu le 19 mars 1911 et pour l'heure, seuls 4 pays y participent. Les suffragettes feront bien entendu également avancer le mouvement, au travers de leurs nombreux sacrifices : grèves de la faim, emprisonnements... 

 

Clara Popelin (centre)


La lutte pour le respect des femmes ne date donc pas d’hier… Toutefois, d’un point de vue purement technique, la dénomination officielles des journées internationales (et mondiales) revient à l’ONU : les « journées » sont présentées à l’Assemblée générale par les différents Etats membres et validée officiellement par elle. Elle est donc l’organisme officiel en termes de dénominations. 

Les langues officielles de l’ONU sont au nombre de 6 : l'anglais, l'espagnol, le français, l'arabe, le chinois et le russe. N’ayant pas la prétention de maîtriser les trois dernières, penchons-nous sur les autres. 

La journée qui nous occupe aujourd’hui a été officialisée en 1977. Les anglophones désignent cette journée par International Women's Day, les hispanophones par Día Internacional de la Mujer : pas de notion de droits, donc. Pour les francophones, l’ONU reste également sur cette position mais… c’est tout de même un peu plus compliqué que ça. 

En 1982, la première journée est organisée en France, poussée entre autres par Yvette Roudy, Ministre au sein du tout jeune Ministère des… Droits de la Femme. Il n’est donc pas impossible que les deux causes se sont fondues l’une dans l’autre pour donner naissance à cette « Journée internationale des Droits de la Femme ». Si l’on s’en tient au sens « officiel » du terme, c’est donc la notion reprise par l’ONU qui prévaut mais l’autre a un jour pris son envol pour être utilisée dans de nombreux pays francophones. Les deux sont donc pleinement valides et chacun est libre de choisir l’un ou l’autre sans avoir… tort.

 

Yvette Roudy


Amusons-nous en continuant le raisonnement avec nos deux autres langues nationales : que se passe-il du côté des Néerlandais et des Allemands ? Les néerlandophones sont sobres : Internationale Vrouwendag (quoique sur Bruxelles, cette semaine toute entière est consacrée à des évènements dédiés aux droits de la femme). Les Allemands sont… prolifiques, on va dire : ils célébrent le 8 mars sous les appelations Internationaler Frauentag (journée internationale de la femme), Weltfrauentag (Journée de la lutte des femmes), Frauenkampftag (journée des combats des femmes), Feministischer Kampftag (journée des combats féministes) et Frauentag (journée des femmes). 

Le jury suédois nous glissera à l’oreille qu’eux célèbrent l’Internationella kvinnodagen (Journée internationale de la femme). 

Il est intéressant de réaliser que si l’on voit souvent des personnes rectifier dans le cas de la « Journée Internationale (du Droit) des Femmes », la question ne semble jamais se poser pour la « Journée Internationale des Hommes » (19 novembre). Cela est très probablement du parce qu’il existe déjà une « Journée internationale des droits de l'homme » (10 décembre). À mon sens, notre société prônant de plus en plus l’inclusion, il serait peut-être temps de penser à renommer celle-ci puisque dans ce cas, l’homme a un sens plus large que celle qui désigne l’être aux deux coucougnettes. 

J’ai aussi vu passer dans les commentaires plusieurs critiques vis-à-vis de l’ONU. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, il n’est pas là. L’ONU a certes parfois manqué de compétences lors de certains événements (notamment lors du génocide au Rwanda en 1994, qui avait aussi coûté la vie à plusieurs de nos soldats belges, ou son manque d’organisation et de réactivité suite au tremblement de terre en Haïti en 2010) mais dans une structure aussi énorme, il est impossible que certains couacs n’apparaissent pas… Cela ne devrait pas être le cas mais il ne faut pas non plus être naïf. Ou naïve. 

Plutôt que d’attaquer l’ONU, il est intéressant de se pencher ce qu’il a apporté de positif dans la vie de nombreuses personnes, dans différents pays. Ils sont à l’origine d’organisations telles que l’UNESCO (qui promeut l'éducation, la science et la culture) ou l’UNICEF (qui contribue à l’amélioration de la condition des enfants).

Plus que de se battre avec la linguistique ou un élément textuel, il me semble plus important de poser des gestes pour contribuer à améliorer les droits des femmes. Même si on peut parfois faire avancer les choses avec des – ou un – mots, les actes sont parfois plus porteurs que les mots. Ce que l’ONU a fait en créant ONU Femmes en 2010 (Son nom est nettement plus porteur en anglais : The United Nations Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women, càd Entité des Nations-Unies pour l'égalité des sexes et l’émancipation des femmes). Elle est à l’origine de la campagne HeForShe, lancée officiellement en 2014 par le discours impressionnant de l’actrice Emma Watson, qui compte parmi les plus forts que j’aie jamais eu l’occasion d’écouter et le plus proche de ma définition personnelle du féminisme.

 

 

Sinon, vous pouvez toujours faire un beau doigt d’honneur au premier c*** ou à la première c**ne qui vient vous balancer que « eh, c’est ton jour aujourd’hui, t’es dispensée de vaisselle ! C’est cool, nan ? ». Un geste a parfois plus de poids qu’un mot, je disais donc…  

Nous pouvons tous être des militants pour le droit des femmes… mais personnellement, je préfère le faire à la façon de Rosa Parks. Sans hurler. Sans agresser. J'évoquais d'ailleurs ce pan de l'histoire dans un autre article, écrit en 2013.

 

Rosa Parks


Il est donc forcément logique que mon choix de réponse à la question du jour « Quelle est la plus belle chanson qui évoque une grande personnalité féminine de l’Histoire ? » ait été influencé par elle.