mercredi 22 janvier 2020

L'histoire de... Orianthi



Morale de l’histoire : pourquoi donner une seule réponse quand on peut faire un doublé dans la foulée ?

Dans les questions du jour d’Entrez SansFrapper, on avait notamment « Quelle est la plus belle chanson d’une artiste dont le nom se résume à son prénom » ?

Ouh… plein de possibilités ! Enya, Sia, Adele, Anastacia, Lorie, Dido, Angunn, Dalida, Rihanna, Beyoncé, Dorothée, Shakira, Björk… On peut aussi ajouter Duffy, Morrissey, Grégoire ou encore Mika sauf que… non. Parce qu’on parle d’unE artiste, une femme donc. Et un nom de stage qui est juste le prénom et donc pas le nom de famille. Coquins, les cocos d’Entrez Sans Frapper !

Il ne m’a pourtant fallu que 2 minutes montre en main pour écrire Orianthi. Pourquoi elle ? Parce que pour dire les choses platement, Orianthi appartient à cette catégorie de gonzesses auxquelles on file une six cordes avec laquelle elles vous atomisent tout sur leur passage. Dans cette catégorie, j’ajoute Joan Jett et Susan Tedeschi pour avoir le tiercé gagnant.



Mais revenons à Orianthi. Née Orianthi Penny Panagaris, la jeune femme est d’origine grecque mais… Australienne. Hasard du calendrier et sans en avoir connaissance, j’ai choisi d’évoquer son nom dans le jeu de la « ratchio » le jour où elle fêtait ses 35 ans ! Bon anniversaire, Mademoiselle !
La musique, elle est tombée dedans étant petite : elle commence le piano à 3 ans avant de se tourner vers la guitare, instrument que maitrise également son papa. Guitare acoustique dans un premier temps, électrique dans un second temps. A force de gratter la guitare, alors que ses copains sont en train d’user leurs pantalons sur les bancs de l’école et de vivre une adolescence classique, elle fait des scènes. Elle commence les années 2000 en faisant glisser ses doigts sur la guitare aux côtés de Steve Vai. Mais la personne qui va lancer sa carrière et la mettre en avant, c’est Carlos Santana. Le célèbre guitariste n’hésite pas, lors d’une interview, à dire au journaliste que s’il voulait un jour passer le bâton au moment de raccrocher, elle serait son premier choix. Pas mal quand on sait qu’il parle d’une jeune femme d’à peine 20 ans !



Elle sort son premier album, Violet Journey, en 2007 et… s’occupe de la quasi entièreté de l’album toute seule : guitares, voix, batterie… elle produit même l’opus elle-même !

Pour son second album, Believe, sorti en 2009, elle ne travaille plus seule et s’entoure notamment des producteurs Howard Benson et Ron Fair. Juste pour donner le ton, le premier a bossé avec Hoobastank, Sepultura et a à son actif l’album Three Cheers for Sweet Revenge, l’album qui a lancé la carrière de My Chemical Romance (qui est apparemment de retour après 7 ans d’absence !). Ron Fair, lui, a produit les morceaux Big Yellow Taxi des Counting Crows, Speechless de Lady Gaga ou encore plusieurs morceaux des Black Eyed Peas, période Fergie. Sur cet album, Orianthi retrouve Steve Vai pour Highly Strung. Ça chante pas mais waw, hein !



Pour son dernier album solo en date, baptisé Heaven in this Hell, elle travaille avec rien de moins que Dave Stewart. Oui oui LE Dave Stewart d’Eurythmics ! Sorti en 2013, il contient quelques chouettes pépites à se mettre sous la dent, dont la chanson-titre.
Parce que bon, faut quand même avouer… Orianthi, ce n’est pas qu’une paire de mains sur une guitare : du haut de son petit mètre 65, vocalement, c’est aussi du costaud ! Tenez, suffit de l’écouter au début de cette Heaven on Hell.   



Si je parle d’elle avec confiance et – avouons-le – une certaine admiration, c’est tout simplement parce que je l’ai déjà vue en action. Un jour de juillet 2012, au festival Suikkerock. Au-délà du côté un peu gag d’avoir deux Hells Angels qui nous ont proposé de tenir notre parapluie (et de s’y abriter par la même occasion) alors que toutes les vannes du ciel s’étaient ouvertes sur la grand place de Tirlemont, nous avons passé 2 bonnes heures en compagnie d’Alice Cooper et de ses musiciens. Dont elle. Dont j’ai difficilement pu détacher les yeux tellement je l’ai trouvée charismatique et envoutante. Et talentueuse. Son solo reste encore aujourd’hui un des meilleurs solos de guitare auxquels j’ai eu droit en des années de concerts. Et ça devait ressembler à quelque chose du genre :


Parce qu’un autre truc épatant chez elle, c’est le nombre de collaborations/sollicitations qu’elle a à son actif. Elle a collaboré à la reprise de Whole Lotta Love sur l’album éponyme des Hollywood Vampires (2015), à la superbe reprise de Stairway to Heaven sur l’album Stronger with Each Tear de Mary J. Blige ou encore au morceau Sleepwalker, sur le premier album d’Adam Lambert (2009).



En live, mis à part Alice Cooper que je viens de citer, elle apparait notamment en 2010 à une cérémonie d’hommage aux guitares Les Paul, aux côté de Rick Nielsen, le guitariste de Cheap Trick et Brian Ray, qui accompagne Paul McCartney depuis maintenant 20 ans. Johnny B. Goode, (I Can’t Get) No Satisfaction… Fun !



On la retrouve également e, 2017 aux côtés de Melissa Etheridge où elle rivalise de talent avec Miss E. et Lindsay Ell sur le classique You Can Rock Me Baby de BB King.



En 2014, elle rejoint Richie Sambora, l’ex-guitariste de Bon Jovi, pour sa tournée. De cette belle complicité naîtra le projet RSO (leurs initiales) et un chouette album, Radio Free America (2018).



Mais elle aurait aussi normalement dû avoir dans son CV un autre artiste, un Roi. Mais le destin en a décidé autrement. Et c’est ici que j’arrive avec le doublé dont j’ai parlé puisqu’une autre question de la Bagarre mentionnait Michael Jackson et nous demandait de choisir ce qui était pour nous la plus belle chanson de Thriller, réponse à laquelle j’ai volontairement triché en répondant que la plus belle chanson était la grande plage audio de 42:19, découpée en 13 parties.
En 2009, une prestation aux Grammys ouvre à Orianthi les portes de la prochaine tournée de Michael Jackson. Elle fera partie de l’équipe des musiciens et on la verra notamment répéter Beat It, le premier morceau de la face B de… Thriller.



Si les fans du King of Pop n’auront pas eu l’occasion de la voir gratter sur sa guitare, preuve est avec cet article qu’il existe bien d’autres artistes qui permettent d’apprécier son talent. Même si, finalement, Orianthi se suffit aussi très bien à elle-même grâce à sa voix et sa six cordes.

Orianthi est actuellement en train de travailler sur un nouvel album, qui sera sobrement baptisé O, avec Marti Frederiksen à la production. Sachant qu'il a notamment travaillé avec Aerosmith... ça promet!

Allez, je vous en remets une dernière pour la route : un trio entre Orianthi, Billy Gibbons des ZZ Top et une autre gonzesse dont le talent mérite teeeeellement qu’on aille y jeter un oeil, une autre ZZ, tiens : ZZ Ward.








jeudi 16 janvier 2020

L’histoire de… la BO de Basketball Diaries (Scott Kalvert, 1995)



Morale de l’histoire : Leonardo DiCaprio… ben… l’est IMmortel, lui, dites donc !

La question « Quelle est la plus belle chanson tirée d’un film avec Leonardo DiCaprio », dans l’émission Entrez Sans Frapper du jour, elle était rude, quand même. Trente ans de carrière, plus de 40 films, vaste contrée que la filmo du quadra !

Spontanément, j’ai repensé – comme la moitié de la planète « Bagarre discothèque » - à la chanson du Titanic. Mais si on veut être original dans la réponse, choisir celle-là, c’était se tirer une balle dans le pied. Ou couler à pic. Avec ou sans gros bateau.

J’ai aussi resongé à Lovefool des Cardigans et à la douce voix de Nina Personn dans Romeo + Juliet (1996) de Baz Luhrmann avant de rapidement passer sur la bien fun I'm Shipping Up to Boston des Dropkick Murphys utilisée dans The Departed (2006).



Dans ce film, Leo est bien entouré : entre Matt Damon et le grandiose Jack Nicholson, il a affaire à du lourd. On y a aussi Martin Sheen, Alec Baldwin ou encore Mark Wahlberg. Tiens... en fait, c’était d’ailleurs la seconde fois que Mark et Leo bossaient ensemble sur un projet. Pour la fois précédente, il fallait remonter 11 ans dans le passé et aux débuts de Walhberg au cinéma, avec le film Basketball Diaries (1995), réalisé par Scott Kalvert. Un film qui, quand on se penche sur certains aspects ou connexions est un tantinet… euuhh… mortel ?

Son sujet, déjà. Le film raconte l’histoire de Jim Carroll, adolescent turbulent, et de ses amis d’école, guère moins indisciplinés que lui. S’ils sont passionnés par le basketball, Jim a un petit plus : il tient un journal intime dans lequel il raconte ses aventures, écrit ses pensées… Une mauvaise rencontre l’entraînera, lui et ses amis, vers une descente aux enfers… de la drogue. Le film, basé sur le livre du même nom, n’est pas une fiction et relate la véritable histoire de son auteur et du chemin parcouru. Gai, quoi. Je me souviens avoir lu le livre à l’aube de la vingtaine et avoir été autant marquée par la lecture du journal de Jim que par l’interprétation de DiCaprio, appréciée dans une salle sombre de cinéma.



Ensuite, si DiCaprio démontrait déjà à 20 ans qu’il était un bon choix, ce n’était pourtant pas à lui que le réalisateur avait pensé pour le rôle. Quelques années plus tôt, l’acteur convoité pour le rôle n’était autre que River Phoenix mais malheureusement, ce dernier est mort le 31 octobre 1993, des suites d’une… overdose. River Phoenix avait lu le livre de Carroll et avait émis à plusieurs reprises l’envie d’incarner le jeune homme à l’écran mais n’en aura pas eu l’occasion. Le décès de Phoenix aura profité – si l’on peut dire – plus d’une fois à DiCaprio puisque c’était aussi lui qui était pressenti pour incarner Rimbaud dans Total Eclipse. James Cameron a avoué il y a quelques années avoir écrit le personnage de Jack Dawson de Titanic avec River en tête. Je reviendrai en fin d’article sur une autre connexion DiCaprio/Phoenix assez amusante…

Si l’on se penche sur la BO de Basketball Diaries, c’est également plutôt druggy! Coïncidence ou non, quelques fines allusions sont également glissées à propos de Phoenix.
On y trouve Star du groupe The Cult mais saviez-vous que, pendant quelques mois, le groupe a joué sous le nom de… Death Cult. Sur l’album The Cult, qui contient Star, on retrouve également Sacred Life qui mentionne River dans les paroles.


Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers, écrira I’ve Been Down spécifiquement pour le film. Le musicien, ainsi que ses potes du groupe, n’est pas étranger au monde de la drogue, avouant que ces dernières ont fait partie de sa vie pendant de nombreuses années. En 2018, il écrira un article sur le sujet dans Time Magazine, en espérant sensibiliser les jeunes aux dangers de la drogue. Flea avait travaillé avec River Phoenix et Keanu Reeves sur My Own Private Idaho (1991) de Gus Van Sant et c’est lui qui était dans l’ambulance qui a emmené le comédien à l’hôpital vers son destin tragique.



On retrouve également sur la BO Riders on the Storm, interprétée par The Doors, dont le leader, Jim Morrisson, n’était pas non plus contre un ptit cocktail de médocs pour la journée. Le chanteur entrera dans le cercle mythique des 27 en 1971. Aucune autopsie n’ayant été réalisée, la cause officielle de son décès est une crise cardiaque mais nombreux sont ceux qui pensent qu’elle aurait été induite par un « ptit coup de pouce ».



Enfin, Soundgarden apporte sa Blind Dogs, au riff de guitare bien senti. Chris Cornell, le chanteur du groupe, a une histoire quasi similaire avec Jim Carroll puisqu’il est lui-même tombé dans la drogue à un très (trop !) jeune âge. Elevé dans un entourage toxique, il démarrait déjà mal dans la vie… Bien qu’ayant toujours eu de rudes épreuves à traverser, Cornell semblait sorti d’affaire mais un autre mal, la dépression, l’a également accompagné une bonne partie de sa vie. En 2017, il est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel, privant ainsi le monde d’une sacrée put… de voix.



Enfin… Jim Carroll s’associe à Pearl Jam pour le titre Catholic Boy, à entendre en début de film. Avant Pearl Jam, le guitariste Stone Gossard et le bassiste Jeff Ament faisaient partie d’un groupe baptisé Mother Love Bone. Lorsqu’Andrew Wood, leur chanteur, finit en état de mort cérébrale suite à une overdose, il sont dévastés. Ils sont approchés par Chris Cornell qui veut leur offrir quelques chansons en hommage à Wood. Ces quelques notes et mots donneront naissance à un superband, Temple of the Dog,  le temps d’un album. Sur ce dernier, un chanteur apporte sa contribution : il s’appelle Eddie Vedder et apportera ses formidables charisme et voix à Pearl Jam.



Jim Carroll a sorti Basketball Diaries en 1978, à 29 ans, peu de temps après être devenu clean. Mais la vie après la drogue est un terrible combat qu’il a continué à mener jusqu’à la fin de sa vie. Carroll a exploré le monde de la littérature (il a sorti une suite à Basketball), de la poésie, de la musique… Il s’est éteint en 2009, à 60 ans, le cœur fragilisé par une high life mais en laissant une trace de son passage sur terre avec son œuvre.

Pour en revenir à DiCaprio, dont la BO des films permettrait à elle seule de faire une playlist Spotify, il a pourtant démarré sa carrière dans le monde de la télé. Notamment dans la série Parenthood, tirée du film du même nom réalisé par Ron Howard. Il a alors 16 ans et y joue Garry, jeune ado au sein de la famille Buckman. Dans le film d’Howard, le rôle était joué par… tiens, tiens… Joaquin Phoenix !



S’il est bien deux acteurs au talent certain et aux rôles éclectiques, ce sont ces deux-là. Et pourtant, l’Académie des Oscars a toujours semblé les (et nous !) faire languir pour leur attribuer la célèbre statuette. Il aura fallu attendre 5 cérémonies avant que DiCaprio ne l’obtienne pour son rôle dans The Revenant en 2016. Joaquin, lui, en est à trois et n’a toujours pas gagné. Mais qui sait ? Dans moins d’un mois, la 92e cérémonie aura lieu et révélera ses gagnants. Le film le plus nominé est Joker. Dont la nomination pour le meilleur acteur pour Phoenix. Catégorie dans laquelle il devra affronter Adam Driver, Antonio Banderas, Jonathan Pryce et… Leonardo DiCaprio. Cela promet un beau match !



lundi 13 janvier 2020

L’histoire de… Michael Hutchence (Partie 2)



Hier nous avons abordé les débuts de la carrière d’INXS, ainsi que le parcours de vie de son chanteur…

Certains d’entre vous me diront certainement en (re)voyant les vidéos qu’il n’était pas difficile de fondre littéralement devant un mec avec un physique pareil. Certes. Oui, Michael Hutchence était aussi reconnu et adulé pour son physique. Mais je vous garantis que s’il avait eu une voix de m…, je ne me serais jamais intéressée à INXS. Je les aurais même carrément niés. C’est le cas avec Placebo : leur musique est absolument géniale mais que je ne peux écouter deux morceaux d’affilée parce que mes oreilles ne supportent pas la voix de Brian Molko.



Cela dit, de nombreuses femmes se sont intéressées à Michael Hutchence. Et l’ont intéressé. Parmi elles, Kylie Minogue mais également la mannequin danoise Helena Christensen. En 1994, il entame une relation avec Paula Yates, avec laquelle il aura une petite fille, Tiger Lily, née en 96. Début 97, de nombreux événements (dont la peur de se voir retirer sa fille ou la lutte de Paula Yates pour la garde de ses enfants) ainsi que la drogue plongent Hutchence dans un état de stress intense. En novembre 1997, installé dans sa chambre d’hôtel et à l’aube d’une nouvelle tournée avec INXS, il appelle plusieurs personnes, dont Paula qui lui apprend qu’elle ne pourra pas le rejoindre à Sydney, comme prévu, parce que son ex-mari a entamé une procédure juridique leur interdisant de sortir d’Angleterre. Il est dévasté à l’idée de ne pouvoir avoir près de lui sa fille. Le lendemain, il est retrouvé pendu à la porte de sa chambre. N’ayant jamais laissé de note, toutes les options sont envisagées, allant de l’accident à un jeu sexuel ayant mal tourné. L’autopsie se conclura par un suicide. Aujourd’hui pourtant, une révélation récente montre que la drogue et le stress n’ont probablement pas été les seuls éléments déterminants de son geste fatal.

Dans le documentaire Mystify, sorti l’an dernier, Héléna Christensen, un de ses exs, confirme un secret déjà évoqué par le passé qui lève le voile sur le changement de personnalité de Michael que le reste du groupe avait constaté lorsqu’ils ont commencé à enregistrer Full Moon, Dirty Hearts en 1992. A l’époque, Michael est difficile, a des sautes d’humeur et semble avoir des soucis de concentration. Ce n’est pas le Michael qu’ils ont toujours connu. Et pour cause puisqu’il n’est effectivement plus le même. Quelques mois plus tôt, il est attaqué en rue et sa tête heurte le sol, au point de saigner de la bouche et d’une oreille. Héléna le convainc de faire d’autres examens. Le verdict tombe : le choc a affecté deux zones de son cerveau et il a perdu le goût et l’odorat. Par peur que ses compagnons le rejettent, il fait jurer le secret à la jeune femme, ce qu’elle fera là où d'autres auront parlé, même si après le décès du chanteur. Lorsque Lowenstein, réalisateur de Mystify, obtient l’accès au rapport d’autopsie de Michael, des années après son décès, il voit de ses propres yeux ce secret bien gardé sur les radios du cerveau de son ami. Une spécialiste du domaine explique dans le documentaire qu’à long terme, l’affect amené par ce type de handicap pouvait sans nul doute avoir été une des sources du geste fatal de Michael. Parce qu’en supprimant des sens directement connectés aux plaisirs de la vie, c’est également une série d’émotions qui disparaissent instantanément.

Dans un peu plus d’une semaine, nous fêterons l’anniversaire de la naissance de Michael Hutchence. Il aurait certainement fêté ses 60 ans entouré de ceux qu’il aimait avoir près de lui. Bien que je puisse encore apprécier son talent en écoutant un album du groupe, le Max Q ou son album posthume, Michael Hutchence, sorti en 1999, il m’arrive souvent de me demander ce qu’il serait advenu si la vie avait été différente…



INXS, lui, n’a plus jamais été le même sans Michael : le groupe a continué à se produire avec d’autres chanteurs, notamment avec JD Fortune sur Switch (2005) mais si l’album est musicalement excellent et la voix de JD très bonne, c’est aussi de charisme dont il s’agissait quand Michael Hutchence faisait son apparition sur une scène ou une chanson. Et ça, c’est comme une voix, c’est unique. Hutchence et le vide qu’il a laissé est d’ailleurs fort présent sur Switch, au travers de chansons comme Afterglow ou God’s Top Ten, écrite par Andrew Farriss et clairement adressées à son ami. 

God’s Top Ten

Chez nous, la musique et le nom d’INXS ont disparu peu à peu de nos contrées (à part chez nos voisins flamands). Mais l’aura d’INXS reste toujours aussi forte en Australie, même si Michael Hutchence est mort il y a plus de 20 ans.

En 2014 sort INXS: Never Tear Us Apart, mini-série relatant l’histoire de groupe dès leurs débuts. C’est Luke Arnold, qui jouera l’année suivante dans la série Black Sails, qui y joue Hutchence.

En 2017, les membres survivants du groupe retournent dans l’école où tout a commencé et sont accueillis chaudement par des ados qui connaissaient INXS alors qu’ils sont nés après le décès de Michael!

Sorti l’an dernier, le documentaire Mystify de Lowenstein, mentionné plus haut, montre tout le respect du réalisateur et des proches du chanteur. Lowenstein avait d’ailleurs déjà mis en scène Michael dans son film Dogs in Space (1986), pour lequel le chanteur avait écrit quelques titres inédits. Ami de longue date du groupe, il avait aussi réalisé plusieurs clips vidéos (What You Need, Suicide Blonde, New Sensation, Never Tear Us Apart…)

Fin 2019, leur concert Live Baby Live fait le tour des cinémas. Il ne s’agit pas simplement de la diffusion du concert original mais d’une version remastérisée et améliorée, autant niveau son qu’image. Pour offrir ce cadeau aux fans, Chris Murphy, le manager du groupe, a cherché pendant 10 ans le film original (pressé sur négatifs de 35 mm !) entre Angleterre, Etats-Unis et Australie. Une fois retrouvé, c’est un long et précis travail de 12 mois qui a été nécessaire pour redonner vie à un grandiose moment de concert, qui, j’imagine, sera prochainement édité en DVD.



Aujourd’hui se terminait Greatest Hits: Michael Hutchence, une expo photo dans une galerie de Paddington, non loin de Sydney.

La périodicité des messages sur le guestbook du site officiel Michael Hutchence démontre également à quel point le chanteur est toujours présent dans le cœur des gens…

Niveau lectures, le groupe a travaillé en 2005 avec Anthony Bozza sur INXS : Story to Story, la seule et unique autobiographie autorisée du groupe sortie à ce jour. En 2018, Tina, la sœur de Michael Hutchence, a sorti Michael : My brother, lost boy of INXS, où elle parle avec tendresse et tristesse de son frère disparu.



Chris Murphy travaille actuellement sur un projet qui hébergerait non loin de Brisbane un musée INXS mais également un centre de développement des arts et des nouvelles technologies.

Bref, en Australie, INXS n’est pas de l’histoire passée mais… pour moi non plus. Le fait que j’écoute encore aujourd’hui régulièrement leurs albums en est la preuve. Et je ne voudrais pas me passer de ce plaisir tellement… sensuel. Tout ira toujours bien tant que Michael et les ‘boys’ d’INXS seront… By My Side.



dimanche 12 janvier 2020

L’histoire de… Michael Hutchence (Partie 1)



Morale de l’histoire : parfois… suffit d’une voix. Et puis de quelques notes tout près d’elle.

Dans les questions d’hier de la séquence Bagarre dans la Discothèque, on nous demandait de donner la chanson que nous considérons la plus belle provenant d’un interprète avec le ou laquelle on a toujours rêvé de coucher.

Prenez-moi pour une romantique débile mais coucher avec quelqu’un sans apprendre à le connaître un minimum n’a jamais fait partie de mes fantasmes. Célébrité ou non. Ce qui ne m’a pas empêché d’avoir des coups de foudre pour des artistes, évidemment. Particularité qui démarre souvent à l’adolescence, moment où les hormones travaillent avec le rendement d’une chaine de production internationale.

Il existe bien un truc qui me fait « vibrer » chez quelqu’un. Cet élément, c’est… le son de sa voix. Je peux avoir un coup de foudre vocal et demander à quelqu’un de continuer à parler, même s’il ou elle n’a plus à rien à dire, rien que pour écouter sa voix. Celui qui m’a aidé à réaliser à quel point cela m’affectait s’appelait Michael Hutchence. Encore aujourd’hui, sa voix en interview m’apaise et quand il chante, je perçois chaque changement de ton comme une caresse, je frémis à son “Come over here” de I Need You Tonight, je fonds sur la douceur de sa  voix sur The Stairs… Bref, absolument toutes les chansons d’INXS me font de l’effet à cause de sa voix de velours.



Bref, c’est une réaction physique et épidermique dont une version live amplifie encore les effets. Presque 27 ans après leur concert à Deinze, je me souviens encore de la plénitude dans laquelle j’étais tant sur place que sur le chemin du retour.
Si je devais qualifier sa voix, ce serait avec le mot « sensualité », cette aptitude qui permet de goûter les plaisirs des sens. Et c’est apparemment une perte – en partie – du plaisir des sens de Michael qui aurait contribué à son geste fatal. Mais avant de parler de sa fin, parlons un peu de sa vie…

Né en 1960 à Sydney, en Australie, Michael Hutchence était le fils de Kelland et Patricia Hutchence. La famille compte également Tina, née du premier mariage de Patricia et adolescente lorsque Michael fait son apparition. Leurs activités les occupant beaucoup, c’est Tina qui veille sur son frère et devient sa confidente dès son plus jeune âge. La famille déménage à Brisbane où un second garçon, Rhett, naît, avant de partir pour Hong Kong pour raisons professionnelles. C’est là que Michael joue sa première chanson, dans… un magasin de jouets. En 1972, fini de faire tourner en bourrique les employés des hôtels de luxe dans lesquels ils séjournent en jouant avec les ascenseurs et retour à Sydney.

Michael a alors 12 ans. Un brin timide, il a du mal à nouer des liens à l’école. Alors qu’une bagarre entre un autre élève et lui menace d’éclater, Andrew Farriss s’interpose. Cette rencontre marque le début d’une longue amitié et de ce qui deviendra INXS. Michael passe énormément de temps chez les Farriss, qui compte deux autres garçons, Tim et Jon, pour y apprécier l’environnement musical qui y règne en quasi permanence. Andrew a son groupe – lequel comporte déjà Garry Gary Beers, futur bassiste d’INXS - et invite ainsi Michael à faire partie de Doctor Dolphin. En 1976, sa mère part en Californie et emmène avec elle Tina et Michael, abandonnant son mari et Rhett en Australie. Ils reviennent en 1977 mais Doctor Dolphin n’est plus. Qu’à cela ne tienne : Tim Farriss rameute Andrew, Michael et Garry dans son propre groupe, en y ajoutant Jon, le ptit frère et Kirk Pengilly, un de ses potes d’école. Là, on est prêts, on a toute l’équipe : l’aventure INXS peut commencer. Mais d’abord sous le nom The Vegetables.

Une rencontre fortuite avec le manager de Midnight Oil leur permet de faire les premières parties du groupe. C’est à cette période qu’ils changeront leur nom et ils joueront leur premier concert en tant qu’INXS le 1er septembre 1977.

Le groupe sort un premier single en 1980 et un album suit dans la foulée, au son new-wave typique de l’époque. Il faudra attendre Shabooh Shoobah, leur 3e opus, pour que la musique d’INXS sorte des frontières. En 1986, après une tournée où ils chaufferont les salles pour Queen (rien que ça !), le groupe veut changer de style et enregistre Kick. Après écoute, la maison de disque déteste l’album. Ils offrent même un million de dollars au manager du groupe pour qu’ils suppriment l’entièreté de l’album. Refus. Et heureusement ! Kick reste le plus grand succès du groupe et s’est aujourd’hui écoulé à plus de 30 millions d’exemplaires. Accessoirement, c’est aussi celui-là qui m’a permis de les découvrir, le jour où mes oreilles ont entendu New Sensation.



Après une tournée mondiale, les garçons passent du temps auprès de leurs familles ou travaillent sur d’autres projets. Michael enregistre l’excellent album Max Q avec Ollie Olsen. Chris Murphy, le manager d’INXS, est furax et a peur que cela soit la fin d’INXS : il interdit à Michael de sortir l’album sous son propre nom ou même d’apparaitre sur la pochette. La mainmise du manager ainsi que le manque de confiance qu’il lui accorde (Andrew Farriss étant souvent co-auteur des chansons) attristent fortement le chanteur.

X, l’album suivant, maintient le groupe au sommet des charts et comporte lui aussi une belle tripotée de hits : Bitter Tears, By My Side, Disappear ou encore Suicide Blonde.



Demain, suite de l’article où nous parlerons de la lente descente aux enfers du chanteur australien mais aussi de l’héritage que lui et ses compagnons ont laissé…

mercredi 8 janvier 2020

L’histoire de... Clapton en mode pantouflard…


Dans les questions du jour de la séquence Bagarre dans la Discothèque d'Entrez Sans Frapper, on nous demandait la plus belle chanson qui évoque le plaisir d’être chez soi, en ce mois de janvier et après tous les excès des fêtes de fin d’année.

Plusieurs artistes sont certainement adéquats pour rester bien au chaud et au calme. Personnellement, je ne rechigne pas à l’une ou l’autre BO de Hans Zimmer, un bon Crowded House, voire un Knopfler, un Gilmour ou un BB King mais pour être honnête, pour être « bien », rien de tel qu’un Clapton. Plus précisément, les albums Pilgrim et Back Home, qui restent mes préférés du guitariste britannique. Le premier comporte notamment les bijoux Circus, Born in Time, Broken Hearted ou encore la superbe My Father’s Eyes. Comment résister ?





Dans la discographie de l’artiste, il en existe cependant une qui trouve sa source dans la maison. Ou plutôt dans le fait qu’il a failli ne jamais  sortir de son domicile pour aller là où l’attendait. En 1976, Eric Clapton, alors en couple avec Pattie Boyd, est invité par McCartney et Linda, son épouse, à une cérémonie d’hommage à Buddy Holly. Pattie ne sait pas comment s’habiller et se coiffer pour l’occasion et essaye la quasi entièreté de sa garde-robe, descendant à chaque essai pour montrer le résultat à son compagnon. Ce dernier donne à chaque fois la même réponse : « tu es superbe. Peut-on y aller maintenant ? »… avec pour seul résultat de la voir remonter pour un nouvel essayage. Blasé, Clapton attrape son instrument fétiche et passe le temps entre les différentes apparitions de Pattie. A la fin du défilé, Clapton a écrit une chanson, inspirée apr sa belle : « Wonderful Tonight ».



Il ne s’agit toutefois pas de la première chanson qu’il a écrit pour sa belle : Layla, l’héroïne de la chanson de Derek and the Dominos, c’est elle ! C’est également elle qui a inspiré, sur le même album, le titre Why Does Love Got To Be So Sad. A l’époque, Clapton est amoureux de la belle mais celle-ci est l’épouse d’un autre, à savoir un de ses plus proches amis… George Harrison. Elle refuse d’abord ses avances et le musicien encaisse mal le rejet et se console en prenant l’héroïne comme compagne. Pattie se laissera finalement séduire, notamment à cause des infidélités répétées du Beatles et entame une relation avec Clapton en 1974. Harrison n’en voudra d’ailleurs à aucun des deux puisqu’il acceptera de jouer à leur mariage et qu’il donnera à Clapton le surnom de « beau-mari ».
Le mariage Clapton-Boyd ne sera toutefois de tout repos : si Clapton a abandonné la drogue, il sombre doucement dans l’alcoolisme. De plus, le couple essaye à plusieurs reprises d’avoir un enfant, sans succès. La jeune femme fera d’ailleurs plusieurs fausses couches.

Le couple se séparera en 1988, après la révélation publique de la romance d’Eric avec la mannequin Lory Del Santo. Sa relation avec la jeune femme amènera le petit Connor dans la vie de Clapton, né en 1986. Le petit garçon est d’ailleurs à l’origine de la chanson Tears in Heaven. Ce morceau, co-écrit avec Will Jennings (qui écrira quelques années plus tard les paroles de la célèbre My Heart Will Go On), reste l’un des plus beaux de l’artiste en raison de son côté tragique puisqu’il évoque le décès accidentel de Connor, alors à peine âgé 4 ans. A partir de 2004, Clapton stoppera de la jouer en concert, expliquant qu’il n’en ressentait plus le besoin. En mai 2013, j’ai eu l’occasion de voir l’artiste au Royal Albert Hall et savait qu’il y avait donc aucune chance de l’avoir dans la setlist. Et pourtant… Une note, deux notes… et je l’ai reconnue de suite. Il s’est mis à la jouer. Et moi, je me suis mise à chialer comme une imbécile. Personnellement, Tears in Heaven reste une de ces chansons de Clapton qui me transpercent le cœur bien malgré moi. Dans des moments pareils, rien ne sert de lutter, faut se laisser aller…



Vous l’aurez compris ou vous le saviez déjà, Eric Clapton a donc connu un parcours de vie un peu compliqué. Né sans père en 1945, il a grandi dans une famille où on lui a fait croire pendant des années que ses grands-parents étaient ses parents. Celle qu’il considérait comme sa grande sœur était ainsi en réalité… sa propre mère. D’autres épisodes de vie, teinté de drogues, d’alcool et de cruelles désillusions auraient pu anéantir le merveilleux magicien qu’il est. Il fait pourtant partie de ces musiciens ont survécu à tout.

En 1998, il rencontre Melia McEnery, de 31 ans sa cadette, dont il tombe amoureux. Ils se marient en 2002 et de cette union naîtront 3 petites filles. Lorsque Melia est enceinte de Sophie, la petite dernière, Clapton a alors 59 ans. A ce moment-là, il travaille sur Back Home, un nouvel opus. Cet album, c’est tout bonnement l’illustration du bonheur. Il y parle de son bébé, de ce qu’il cherchait depuis longtemps et qu’il a enfin trouvé. Et mérité. Plus tout jeune et déjà une belle carrière derrière lui, il est clair qu’il souhaite voir grandir ses filles et passer un maximum de temps près d’elles. Alors, pour cette raison, c’est cet album qui est le plus beau pour du cocooning. En particulier la chanson-titre, Back Home.



Aujourd’hui, Eric Clapton tourne encore autour du monde mais plus autant que par le passé. Il continue aussi à sortir des albums. Aujourd’hui âgé de 74 ans, il souffre de soucis au niveau des nerfs, ce qui rend parfois douloureux le simple fait de jouer de la guitare. Il reconnait aussi connaître quelques problèmes d’auditions qui sont un sérieux handicap pour un musicien qui a appris à jouer d’oreille. J’ai eu la chance de voir Clapton 4 fois sur scène et n’hésiterai pas une seconde à le revoir une cinquième fois. Parce qu’il s’agit toujours d’un moment unique, où le voir interagir avec un sacré paquet de bons musiciens reste un vrai plaisir. Mais aussi parce qu’il s’est promis à lui-même qu’il arrêterait la scène dès qu’il aura le sentiment d’y être ridicule. Et sur ce point, je pense qu’on peut lui faire confiance. Après tout, quand le « God » de la musique te dit quelque chose et que ta religion, ce sont des notes de musique, tu le crois.

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L’histoire de… Everybody's Got Something To Hide Except Me And My Monkey (The Beatles, 1968)



Morale du jour : quand, finalement, toutes les opportunités sont bonnes de rester encore un peu à Londres… et de découvrir que les Beatles ont eu un peu de Belgique dans leur monde.

Retour des vacances et reprise des ptis défis « Bagarre du soir » de l'émission Entrez Sans Frapper de la Première ! Hier, impossible de m’y coller puisque je promenais mes godasses entre Londres et Liège au moment où j’écris habituellement. Week-end passé dans un quartier un peu bizarre où un oiseau s’est mis à chanter… à minuit. La dernière nuit, une oie s’est même jointe à lui pour un concerto privé. Et encore, je ne vous parle même pas de la musaraigne qui s’était retrouvée piégée dans l’appart et me regardait du bout du couloir avec un air de « tu veux bien m’ouvrir la porte du jardin que je m’en aille » ? L’ingrate est partie sans même un regard en arrière… Manquait plus qu’un renard qu’on croise habituellement dans la ville le soir ! (Je vous jure, rien n’est inventé… et… non,  je n’ai pas logé au zoo de Londres !) Alors évidemment, quand dans les questions du jour tu as « Quelle est la plus chanson d’un artiste portant un nom d’animal », tu sais que tu dois choisir celle-là.

Premier réflexe : Me And My Monkey de Robbie Williams! Parce que la chanson écrite par Williams sur un défi lancé par un inconnue au bord d’une piscine qui lui avait donné les mots « monkey » et « rollerblades » pour écrire une chanson, elle est bien pêchue, quand même ! D’ailleurs, qui aurait pu croire que le singe inspire autant les artistes: George Michael (Monkey, 1987), Beastie Boys (Brass Monkey, 2000), les Stones (Monkey Man, 1969), Elvis Presley (Too Much Monkey Business, 1956), Peter Gabriel (Shock the Monkey, 1982), les Pixies (Monkey Gone to Heaven, 1989), Black Eyed Peas (Shake Your Monkey, 2005)…

Y a pas que les singes d’ailleurs… Eye of the TigerThe Lion Sleeps TonightCats in the CradleThis Here GiraffeCat Size, Black Cat… voire les deux merveilleux instrumentaux de Mancini, The Pink Panther et Baby Elephant Walk.

Mais au fait, à la relire… elle est équivoque cette question ! On parle d’une chanson avec un animal dans le titre ou d’un artiste qui porte le nom d’un animal ?! Oh qu’importe, on va faire les deux d’un coup et on va rester avec le singe avec Everybody's Got Something To Hide Except Me And My Monkey des Scarabées. Euhhh, des Beatles, je voulais dire.



Mis à part la particularité d’être la chanson des gars de Liverpool au titre le plus long de leur carrière, elle fait partie du célèbre album The Beatles, plus connu sous le nom de The White Album, pour sa couverture quasi entièrement blanche, violent contraste avec celle l’album précédent, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band.

Cet album marque un tournant dans l’histoire de la carrière des Beatles puisqu’il est considéré comme celui de la discorde. Autant entre les membres du groupe que dans leurs vies personnelles, c’est un peu… rock and roll. Et justement, c’est ce son rock qui fait sa réapparition sur certains morceaux de cet album avec Back in the USSR ou Helter Skelter, par exemple.

On pourrait voir dans cette cover une page blanche pour mieux recommencer une relation à zéro mais dans le contexte de l’époque, il s’agissait plutôt d’une représentation d’une absence de relation. Richard Hamilton, l’artiste, a cependant eu l’idée d’ajouter une touche « collector » aux couvertures puisque les premiers pressages comportaient le nom du groupe en surimpression et étaient numérotés. Les quatre premiers numéros (0000001 à 0000004) ont été donnés aux Beatles. 


Pour ce White Album, chaque Beatle appporte du sien, mais souvent séparément. Elle est loin la fusion Lennon-McCartney ! De plus, Harrison et Starr décident de montrer qu’ils savent aussi écrire des chansons (avec While My Guitar Gently Weeps, notamment). Autant dire que George Martin a du fil à retordre pour arriver à mener à bien le projet. Qu’à cela ne tienne, plutôt que de froisser les susceptibilités et de se priver d’excellents morceaux, cet opus se transforme en double album. Au lieu des 13-14 chansons habituelles, les fans ont donc la chance de pouvoir écouter 30 morceaux de leurs idoles. Pourtant, certains morceaux, enregistrés durant ces sessions, seront écartés : ce sera par exemple le cas de Hey Jude que les Fab Four ont voulu dès le départ utiliser comme single isolé. Avec la puissance qu’on connait aujourd’hui à ce morceau qui reste un des plus forts lorsque McCartney l’interprète en concert.


Et là… j’en reviens à la question de l’émission, parce que cet album, c’est une vraie ménagerie ! Sur les 30 chansons, 13 mentionnent des animaux : des oiseaux (Dear Prudence et Blackbird), un morse (Glass Onion), un tigre et un éléphant (The Continuing Story of Bungalow Bill), un lézard (Happiness Is A Warm Gun), des cochons (Piggies), un raton-laveur (Rocky Raccoon), un coquillage (Julia), un aigle et un ver de terre (Yer Blues), un oiseau et une abeille (Cry Baby Cry) et des chiens, des oiseaux et des poissons (Revolution 9). Si Martha My Dear ne mentionne pas d’animal, c’est pourtant bien une chanson qui en parle puisque Martha, c’était la chienne Bobtail de Macca.

Cela fait donc 12 chansons. La treizième est Everybody's Got Something to Hide Except Me and My Monkey mais ne parle pas tout à fait d’un singe. Dans un premier temps, Paul, George et Ringo pensent qu’il s’agit d’une référence à la drogue. A l’époque, Lennon s’est mis à l’héroïne et a donc connaissance du jargon (notamment du terme « monkey »), qui échappe complètement aux trois autres. Heureusement, Lennon finit par abandonner cette drogue pour revenir à des opiacées moins dangereuses. L’origine de la chanson est tout autre : à l’époque, Lennon tombe sur une caricature qui montre Yoko Ono avec des traits simiesques, en train de grimper sur le dos de son amoureux. Furieux, Lennon retourne la situation et donne ce surnom à Yoko, de manière affectueuse. La chanson parle tout simplement de lui et de Yoko et de leur amour profond, que personne ne semblait comprendre. Il faut dire que la présence quasi permanente de l’artiste en studio – qui donnera naissance à The Continuing Story of Bungalow Bill - pouvait passablement énerver l’équipe, ce dont Lennon n’avait clairement rien à f…

Si entre John et Yoko, la relation a toujours été fusionnelle, au point d’irriter autant les autres Beatles que les fans du groupe, leur première rencontre s’est pourtant soldée par une Yoko Ono qui aurait bien arraché les yeux de John Lennon. En automne 1966, l’artiste avant-gardiste expose ses œuvres et John Lennon vient voir l’exposition. Ayant toujours quelques facéties en stock, il s’amuse avec différentes œuvres de la jeune femme, notamment une pomme posée sur un socle en plexiglas. Il reste abasourdi par le fait que l’on vende 200 Livres une œuvre que l’on va juste regarder se dégrader avec le temps. Il décide d’y apporter sa touche personnelle, attrape la pomme et… croque dedans avant de la reposer sur le socle, déclenchant la fureur de Yoko Ono. Cet pomme était… une Granny Smith.

Coïncidence, The White Album est le premier sorti sous le label Apple Records, créé par les Beatles en 1968 dont le logo est… une Granny Smith. Le choix de cette pomme vient-il justement de cette anecdote entre John et Yoko? Eh oh… faut pas déconner, quand même ! Nenni ! Ce logo Apple s’inspire… de la Belgique et, plus particulièrement, d’un de nos peintres. A savoir Magritte. Dans les sixties, McCartney craque pour l’art de notre compatriote et veut faire l’acquisition de l’une de ses œuvres, qui sont alors nettement meilleur marché que maintenant. Il en parle à un ami qui tient une galerie d’art. Ce dernier passe un jour chez Paul et dépose le tableau Le Jeu de Mourrre sur une table avant de filer et de laisser Paul découvrir la belle surprise. A ma connaissance, Paul McCartney est encore aujourd’hui en possession du tableau représentant une pomme verte où Magritte a écrit « Au revoir ». Comme celui que les membres des Beatles se diront un beau jour d’avril 1970 lorsque McCartney annonce qu’il quitte officiellement le groupe…

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Martha le chien, Paul le Beatle et Magritte et sa pomme