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vendredi 15 mai 2015

B.B. King... ou quand, certains jours, le blues est vraiment triste.


Ce matin, la nouvelle est tombée… comme un couperet qui fait mal. Très mal. BB est parti. Ça peut vous paraitre stupide mais… j'en ai eu les larmes aux yeux. Peut-être parce que hier, je me disais encore qu'il fallait que je surveille attentivement ses dates de tournée lors d'un éventuel retour en Europe. Depuis le départ de Lou Reed en 2013, j'ai réalisé que – quelque part – j'avais eu beaucoup de chance de le voir sur une scène quelques mois avant son décès. Depuis ce jour-là, je me suis juré d'essayer d'aller voir le plus grand nombre de légendes avant qu'ils ne nous quittent. McCartney, Clapton, les Stones, Paul Simon font partie de cette liste d'artistes que j'ai vus sur scène. BB King faisait partie de ceux que je voulais "rencontrer". Mais cela ne se fera pas…

J'éprouvais une grosse tendresse pour Monsieur King, pour une raison bien particulière : c'est lui qui m'a "appris" à aimer le blues. Avant la création de ce blog, j'écrivais déjà des chroniques qui étaient postées sur Facebook. Je prenais une chanson et, la semaine suivante, me servait d'un élément pour parler d'une autre chanson. Cela pouvait tout aussi bien être un producteur identique, un artiste qui avait repris la même chanson, un ingénieur son ou un réalisateur de clip vidéos communs.
Avec Billy Preston, le fameux 5e Beatles, j'avais trouvé un lien vers BB King. Sauf que… le blues, ce n'était pas vraiment mon univers. Pas du tout, même. J'ai donc emprunté six ou sept albums de King, que j'ai écoutés en boucle pendant la semaine, tout en apprenant à connaître le talentueux guitariste pour écrire ce fameux article. BB King m'a fait tomber amoureuse du blues, m'a fait sourire et vibrer au son de sa guitare, la jolie Lucille aujourd'hui orpheline de sa moitié…

Revoici donc ce que je disais de lui le 25 novembre 2009…
(A noter que les chiffres ont été réadaptés pour "coller" à 2015 et que quelques informations additionnelles ont été apportées dans l'article, en bleu)




Je pensais avoir trouvé les détenteurs des carrières les plus longues avec des gars tels que Clapton, Richards ou Dylan qui éclatait le score avec 56 ans de carrière mais ils sont battus à plates coutures par Mister King avec ses – tenez-vous bien – 67 ans de carrière ! Gloups ! Juste pour vous donner une indication : BB King jouait déjà sur scène alors que les trois précédents avaient entre 2 et 6 ans !

BB King est né Riley B King le 16 septembre 1925 dans l’état du Mississippi à une époque où il n'était pas drôle d’être black… Pour rendre les choses encore un peu plus difficiles, sa mère quitte le domicile conjugal alors qu’il n’a que 9 ans et son frère aîné a déjà fait l’expérience de la prison alors que BB n’a que 4 ans. Venant d’une famille de fermiers, il est embauché très jeune pour travailler dans les champs… Rien ne le prédispose donc vraiment à devenir le guitariste légendaire qu’il allait être des années plus tard…

Savez-vous d’où lui vient ce surnom de « BB » ? Pour le savoir, il faut remonter jusqu’en 1948 à l’époque où BB était à Memphis. A l’époque, il travaillait pour la radio WDIA où il présentait une émission de blues d’une durée de 15 minutes. Cette radio a eu une grosse influence sur certains artistes, tel Elvis, et constituait en elle-même une révolution puisqu’elle était une des premières radios à cibler un public exclusivement noir. Cette station était située sur Beale Street et BB King hérita du surnom de Beale Street « Blues Boy » d’où… BB King.
Après avoir dans un premier temps aidé au développement économique de la rue, cette dernière a fini par tomber en désuétude au fil des années… malgré le fait que le Congrès américain l’ait officiellement décrétée « Maison du Blues » en 1977. Il faudra attendre les 80ies pour voir le quartier reprendre vie et on peut aujourd’hui aller écouter de bons morceaux de blues dans certains clubs et cafés. Tiens, par exemple, au numéro 143… le BB Kings Blues Club.

Cette station de radio ne sera d’ailleurs pas uniquement le « fournisseur » du surnom de BB : elle sera tout simplement l’origine de sa vocation… Le jour où T-Bone Walker vient à la radio pour y jouer un morceau « live », BB prend une claque. C’est décidé, il aura une guitare… même s’il doit en voler une, dira-t-il des années plus tard !
Sa première chanson est un échec total mais attire tout de même l’attention d’un certain Sam Philipps qui deviendra producteur de ses morceaux suivants. Juste pour l’info, Sam Philipps n’est autre celui qui fondera Sun Records, la maison de disques qui révélera Roy Orbison, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis ou encore Johnny Cash et Elvis ! Bref… la carrière de BB est maintenant lancée et les 50ies seront les années King… Rien qu’en 1956, BB donnera 342 concerts ! Pas mal, hein ?

Essentiellement guitariste de blues, cela ne l’empêche en rien de se mêler à d’autres mondes musicaux. Ainsi, en 1969, BB fera la première partie des Rolling Stones. La particularité de cette tournée était que le show durait parfois jusqu’à 3 heures… et que la performance des Stones durait, elle, … 75-80 minutes. Les British laissaient donc finalement plus la scène à leur première partie qu’à eux-mêmes. Vous allez me dire « Ouais mais c’est ch**ant. On vient pour le plat principal, pas pour les zakouskis ! ». Ouais, ben sachez que parfois, c’est encore l’apéro le meilleur moment d’un repas et dans ce cas-ci ça se vérifie !

Question collaborations, BB King est épatant ! En 1988, il perdure dans le rock avec les irlandais de U2 lors de la sortie de l’album « Rattle and Hum » et les accompagne même en tournée sur ce coup-là. Rappelons tout de même qu’à cette époque, BB a 64 ans… mais qu’on ne le dirait pas. La preuve en images :


Et quel public mes amis… Je vous conseille le film de cette tournée où vous entendrez BB lâcher un « Je ne suis pas doué avec les cordes… » à un Bono amusé. Irrésistible !

Il termine le 20e siècle par une collaboration avec Monsieur Clapton le temps d’un album intitulé « Riding With The King » (Quoi de plus logique après tout !)… Excellente collaboration entre ceux que le magazine Rolling Stone a élu meilleurs guitaristes numéros 3 (pour BB) et 4 (pour Eric) en 2003 ! L’amitié semble au rendez-vous entre ces deux-là puisque BB apparaîtra en 2007 lors de la seconde édition du Festival Crossroads, à 81 ans… et les doigts toujours aussi peu rouillés ! Je vous laisse le soin de juger par vous-même :


Vers 4’, il fait un très beau discours à l’attention d’Eric… émouvant. (Pour ceux qui ne comprendraient pas l’anglais et qui voudraient savoir ce qu’il dit… Demandez et je me ferai un plaisir de vous mettre une transcription).
BB fera encore l'honneur au public du Crossroads Festival de revenir pour les éditions de 2010 et de 2013. Il y a fort à parier que l'édition 2016 sera empreinte d'une pointe de tristesse pour Clapton et ses amis...

BB, c’est donc 59 albums uniquement sous son nom, 15 Grammys, une place au Rock’n’roll Hall of Fame, une étoile sur Hollywood Boulevard, une mention de son nom dans la chanson « Dig It » des Beatles et plus de 15 000 journées sur les routes… Vous allez me dire : et la vie privée là-dedans ? Et bien… disons que BB a une notion particulière de la vie de famille.
Bien qu’ayant été marié deux fois, ces mariages ont été des échecs en raison de ses trop fréquentes absences… Une seule est restée dans sa vie, entraînant la jalousie des autres femmes qui lui disaient « C’est moi ou Lucille ! ».

Qui est Lucille ? Et bien Lucille est une merveilleuse demoiselle qui, selon les dires de BB, lui a apporté la célébrité, l’a maintenu en vie et nourri, lui a littéralement sauvé la vie aussi… et ne l’a jamais abandonné. BB lui a même sauvé la vie une nuit de 1949 : il devait jouer dans un club lorsque deux hommes se disputent à propos d’une femme, provoquant un incendie. L’endroit est évacué… Lorsque BB se rend compte que Lucille n’est pas près de lui, il retourne à l’intérieur du club pour aller la sauver et depuis, ils ne se sont plus quittés. Lucille est tout simplement la meilleure compagne de sa vie… sa guitare. Une superbe Gibson acoustique. Baptisée ainsi en souvenir du prénom de la  jeune demoiselle à l’origine de la bagarre… et de l’incendie qui s’ensuivit.


BB et... Lucille, la superbe Gibson
© Philippe Taka

J’écrivais la semaine dernière sur mon mur que « Nat s'écoute en boucle une chanson avec 2 solos de Dieux de la Guitare... ». Vous aurez compris que l’un d’eux n’est autre que BB mais quel pourrait bien être cet autre dieu ?? Je ne vous fais pas languir et vais faire plaisir au(x) fan(s) de Pink Floyd de ce groupe en vous présentant la collaboration de BB avec David Gilmour :



Sympa, hein ? Celle-là, elle doit avoir tourné sur ma bécane au moins 30 fois depuis mon post !
Mon ami Gaël demandait qui étaient mes Dieux suite à ce post mural mais le fait est qu’ils ne sont pas « mes » dieux. Les gars de cette trempe-là sont des Dieux tout courts. Des mecs qui ont abattu les frontières musicales par leur façon de jouer… La musique ne s’en porte que mieux… Et voir un type de 89 piges qui a su rester passionné par ce qu’il fait, ça me touche…
PS : je ne vous fais pas l’affront de vous demander si vous aviez reconnu l’homme qui joue dans la vidéo de présentation avec BB et Billy ? On est quand même loin de John MacLane ou de Korben Dallas, non ? Ceci dit, il faut reconnaître qu’il se débrouille bien à l’harmonica, le Bruce Willis… non ? ;)"

J'ai vu passer sur Twitter et Facebook bon nombre de statuts disant "The Thrill Is Gone". C'est vrai… et faux à la fois. Parce que si j'ai beau être déçue de ne jamais pouvoir le voir frôler les cordes de la belle Lucille, je sais que, finalement, à chaque fois qu'une radio passera du BB, à chaque fois que mon lecteur audio me donnera du BB, j'aurai un petit sourire en pensant à ce grand lascar à la bonhomie, à la générosité et à l'humilité légendaires. Tiens… ça aussi, c'est un peu pourquoi je l'aimais tendrement, BB.
Je terminerai juste par une phrase qu'il a dite, que l'on entend dans la vidéo du Crossroads Festival (entre 6:28 et 7:12) et qui prend aujourd'hui une résonance un peu particulière…

"So I'll say to all of you May I live forever
But may you live forever and a day
Because I'd hate to be here
When you pass away
PS : and when they lay me out to rest
As I mentioned I'm 81 now
May the last voices I hear be yours"
                                       - B.B. King

(Alors je vais vous dire à tous :
Si je pouvais vivre à jamais,
Puissiez-vous vivre à jamais et un jour de plus
Parce que je détesterais être ici
Quand vous vous en iriez.
PS : et quand ils me mettront en terre,
Comme je l'ai dit, j'ai 81 ans maintenant,
Puissent les dernières voix que j'entende être les vôtres)

Allez va jouer avec tes amis là-haut, tu as eu une vie bien remplie et tu en as fait profiter beaucoup de gens. Merci BB… merci pour tout ça.


samedi 12 mai 2012

The Dandy Warhols - Ancienne Belgique, Bruxelles (27/04/2012)

Vendredi, la semaine est finie… Comment bien la terminer ? Avec un concert, pardi !
Ce soir-là, nous avons rendez-vous, les copines et moi, avec les américains des Dandy Warhols. Pour ceux qui se poseraient encore la question : oui, le nom du groupe est effectivement lié à celui de l’artiste polyvalent Andy Warhol. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur la grosse caisse de Brent DeBoer pour vite s’en rendre compte. Une banane, ça ne vous évoque rien ? Non ? OK, ici, elle est ouverte mais bon, elle est célèbre, cette banane… Vraiment pas ? Oh allez hein ! Un indice ci-après…


La banane, image emblématique du groupe fétiche de Warhol, le Velvet Underground… Aussi groupe de Lou Reed. Avec lequel j’ai rendez-vous le mois prochain. Mais ceci est une autre histoire…
Les Dandy Warhols ont pour leur part adapté cette banane sur la couverture de leur album « Welcome to the Monkey House » dans la version que nous avons ce soir sous les yeux.


Mais le fruit jaune n’est pas le seul élément scénique qui apporte des renseignements sur le groupe. Dans le fond, un immense voile occupe toute la largeur de la scène. Sur celui-ci, un logo – identique à celui du T-shirt en vente au stand merchandising – logo ma foi fort sympa sur lequel je remarque le « Est. 1994 ». Eh oh, attendez… les Dandys existent depuis 1994 ? OK… prendre un coup de vieux avec quatre chiffres, ça… c’est fait ! Dieu que le temps passe vite…


A ce sujet, ma position stratégique dans la salle de l’Ancienne  Belgique – sur le côté de la scène, au premier étage - me permet d’avoir une belle vue sur le public et… il est multi-générationnel. Des ados, des personnes dites « d’âge mur », des enfants… J’y ai même vu une gamine de quatre ans max quasi devant la scène ! Tiens, ça peut être intéressant…

La salle est plongée dans le noir et puis… les membres du groupe entrent tous en scène, l’un après l’autre. Sous un éclairage mauve et turquoise, ils démarrent le show avec « Be-In », un morceau dont l’intro est tout à fait adéquate pour démarrer un concert. La chanson est limite envoûtante, bercée par la voix suave de Courtney Taylor-Taylor. Première constatation : il me semble qu’au fil des ans, la voix du chanteur a légèrement changé et évolue désormais dans un ton plus bas que celui de leurs débuts dans les 90ies. C’est un peu déstabilisant dans les premiers instants mais on s’y finalement habitue assez vite. Ne vous méprenez pas : cela ne veut non plus pas dire que le bonhomme n’a plus de voix… loin de là.

Le groupe enchaîne sur « We Used To Be Friends » où Taylor-Taylor, quand il ne joue pas à la guitare, tape dans les mains pour encourager le public à en faire de même… Je jette régulièrement un regard vers ledit public et sourit : à plusieurs reprises, je vois quelques groupuscules qui balancent la tête d’avant en arrière, les yeux fermés, notamment sur « I Love You »… Pour peu, j’aurais presque cru être avoir sous les yeux le public de Nirvana. Peut-être que finalement, il y a tout de même un peu des 90ies dans la salle…

Lors de « Not If You Were the Last Junkie on Earth », c’est Zia qui interagit avec le public et qui salue les gens qui sont en hauteur. Tout de noir vêtue, sobre mais fort belle, elle sourit au public et le fera à de maintes reprises durant tout le show. Mais bon, OK... pas sur la photo ci-dessous... ;p)


Taylor-Taylor est plus dégingandé (ou plus « grungy », c’est comme vous voulez…) : T-shirt imprimé, jeans slim et cheveux longs négligemment attachés.
Brent DeBoer est le pendant inverse de son cousin de chanteur : pantalon noir, chemise blanche et cravate noire. Pas de veste. Mais quand on est batteur, la veste, ce n’est pas des plus pratiques… sauf si on s’appelle Steve Jordan. Mais ça aussi, c’est une autre histoire et un autre monde.
Quant à Monsieur Peter Holmström, il faut bien avouer que ce type a un sacré style : chemise bleu clair, blazer noir qu’il abandonnera en cours de concert, jeans foncé aux bords repliés et chouette chapeau sur la tête. Le même que celui qu’il porte dans le livret de « This Machine », nouvel album du groupe sorti trois jours avant notre concert. Bref, quelle dégaine d’enfer, ce guitariste ! Après le concert, nous en parlons avec Audrey et sommes d’accord : Peter, il nous rappelle Ruari de Belakiss (pour savoir qui sont les Belakiss, cliquez ici).
Clôturons ici la rubrique « Vogue » et revenons au concert…


Soudain, Taylor-Taylor nous chante « I Love You ». A répétitions, à mi-voix, appuyé par cette rythmique envoûtante qui rappelle le premier morceau. Là encore, le public oscille de la tête, limite en transe. Pas moi. Pour deux raisons.
D’abord, j’ai un ensemble de stroboscopes qui m’éclate les rétines depuis un bon moment. Y a rien à faire, j’ai une haine profonde pour ce type d’éclairage qui – selon moi – n’a jamais rien apporté d’intéressant à un spectacle ou à une soirée. Des déclenchements de crises d’épilepsie, peut-être ? Un regard rapide autour de moi… Personne ne convulse. Ouf, il en doit pas y avoir d’épileptiques dans la salle.
N’aurait plus manqué que des fumigènes et… eh mais minute ! Non, non, rassurez-vous, je n’ai pas eu la gorge ravagée et les yeux en larmes suite à un envoi massif de fumigènes dont seuls certains DJs ont le secret (et qui n’ont toujours pas compris que les larmes n’étaient pas dues aux choix des chansons de leur setlist mais uniquement à la douleur…). Pourquoi s’encombrer de fumigènes quand on peut avoir juste en-dessous de soi… des fumeurs d’herbe. La fumée ne subit pas la loi de la pesanteur, elle aime s’élever… généralement vers ceux qui ne fument pas. Allez savoir pourquoi. Mais c’est comme ça. N’empêche, je pensais qu’on ne pouvait plus fumer dans les lieux publics, moi.
Bref, le morceau tire peut-être en longueur mais le public semble toutefois apprécier.

Enchaînement sur « Good Morning » où l’on peut se rendre compte que, l’air de rien, Mr Taylor-Taylor sait donner de la voix. C’est aussi à ce moment du concert que je réalise que Holmström a entre les mains… une Gibson SG. Et – comme d’habitude – je fonds devant cette guitare qui est, pour moi, le véritable St Graal… alors que j’ai promis de ne plus toucher une guitare le jour où j’ai failli devenir borgne à cause d’une corde cassée. Ben quoi ? On peut apprécier la beauté d’un tableau sans pour autant savoir se servir d’un pinceau… nan ? Holmström changera à maintes reprises de guitares lors du show mais nous aurons l’occasion de revoir Melle « SG » par la suite.


Après « You Were The Last High », le quatuor nous fait découvrir « I Am Free », premier extrait de leur dernier opus. Morceau léger et enjoué, il installe une bonne ambiance dans la salle. Très très chouette morceau, suivi de « Holding Me Up », morceau de sept minutes sur l’album original, qui maintient cette belle énergie. Vers la fin de la chanson, Taylor-Taylor tape dans les mains avec le public tandis que ses trois compagnons gardent le rythme.

Taylor-Taylor nous explique alors que le groupe célèbre cette année leurs dix-huit années d’existence et qu’ils sont désormais des adultes qui ont atteint leur majorité… mais tout dans son attitude démontre que ce n’est pas parce qu’on a dix-huit ans qu’on doit commencer à être forcément sérieux. Il attrape alors sa guitare qui lui fait une fois encore faux bond et qu’il doit réaccorder. Il en profite pour nous expliquer que sa brave six cordes est tout de même née en 1967 et qu’elle a donc quelques années de route avant d’improviser une mélodie tout en continuant à régler l'instrument afin de nous offrir deux nouveaux extraits de « This Machine » : « Enjoy Yourself » et « Sad Vacation ». Sur cette dernière, c’est Zia qui assure la partie guitare et, ma foi, avec un sacré brio. Z’auraient du lui laisser cette guitare sur quelques autres morceaux, ça aurait pu être sympa… A la fin du morceau, le chanteur nous explique qu’ils ont tourné une vidéo et qu’elle est disponible sur leur site web.


Sur « You Come In Burned », morceau un peu plus psychédélique, Taylor-Taylor s’essaye aux percussions et tente même de nous impressionner en tapant les baguettes au sol pour les faire remonter vers lui et les rattraper au vol. Si le premier essai est raté, le second est converti, les amis ! Holmström passera la quasi-totalité du morceau près d’une étrange sono dont je n’ai jamais compris l’utilité, étant placée trop loin.

Le jeu de lumière se calme, « Well They’re Gone » calme tout le monde par sa douceur. C’est un bon moment… qui va se poursuivre avec une version originale de « Everyday Should Be A Holiday » où Taylor-Taylor sera seul sur scène avec sa guitare. Une version de cette chanson à laquelle le public français n’aura pas droit deux jours plus tard. Le public l’accompagne sur le refrain et à la fin de celui-ci, le chanteur arbore un sourire à se décrocher la mâchoire tandis que le public crie sa satisfaction. Taylor-Taylor le remerciera d’ailleurs à la fin de la chanson, que ce soit en face, à gauche ou à droite de lui.


Ses compagnons le rejoignent et Holmström démarre avec un bon riff de guitare, celui de « The Autumn Carnival ». Le back-up vocal est assuré sur ce coup-là par DeBoer. J’avais écrit dans ma review du concert de McCartney qu’il était rare d’avoir un batteur qui assurait les chœurs. En l’espace de quelques semaines, j’en ai eu deux exemples sous les yeux. Comme quoi… Zia a elle aussi assuré quelques parties chœurs mais… je me demande toujours pourquoi on a mis un micro au brave Holmström parce que je ne l’ai pas vu approcher les lèvres dudit micro de tout le concert. En même temps, moi, tant qu’il assure à la guitare, ça me va très bien. Et ça tombe bien, c’est le cas !


Pour la suite, le public va évidemment suivre et se déchainer. En même temps, là, ils jouent « Bohemian Like You » qui reste une des chansons les plus connues de leur répertoire. Si la vidéo fut assez controversée à l’époque, la chanson a toutefois permis au groupe de se faire remarquer lorsqu’elle a été utilisée comme support pour plusieurs pubs Vodafone. Vous ne vous souvenez pas ? Allez zou... retour dans le temps…


Le public réagit avec énergie : lorsque le refrain démarre, on voit les gens pogoter, lever les bras et on les entend chanter à tue-tête, notamment au moment des « ouh ouh ouuuh ». La vigueur ne diminue pas lorsque le quatuor entame « Get Off », autre morceau bien rythmé de sa discographie. A la fin de la chanson, Zia demande au public de bien vouloir lever les bras pour qu’elle prenne la salle en photo. Et le public s’exécute volontiers. Surtout les quelques… euuuh.. groupies (?) juste devant la scène.
S’ensuivent « Horse Pills » et « Wasp In The Lotus » mais à ce moment-là, je commence à éprouver de sérieux doutes sur la capacité de mes oreilles à encaisser le son. Je reste persuadée que l’ingé-son a encore monté un peu plus  le volume à ce moment-là : je ne fais pas que me jeter pour de bon sur mes bouchons d’oreille, je me rends compte que je ne comprends quasi plus rien de ce qui est chanté. C’est d’autant plus dommage que Taylor-Taylor et son cousin de batteur nous dispensent une belle harmonie vocale sur « Wasp In The Lotus ». Dommage, j’aurais aimé l’apprécier sans mes trucs dans les oreilles…
Le groupe enchaîne directement sur « Godless », morceau plus calme, pourvu lui aussi d’une longue partie instrumentale. A la fin du morceau, Taylor-Taylor nous annonce l’arrivée de la dernière chanson et nous remercie d’avoir acheté un billet. Zia attrape un harmonica et le groupe se lance dans son dernier numéro sous un éclairage rouge-jaunâtre : soudainement, on se croirait dans un saloon en plein époque du Far-West. Il ne nous manquait plus que les Dalton et Jesse James pour faire bonne figure… Mais ne voyez pas dans ces lignes de moquerie. Je trouve ce  morceau fort sympa et il détend l’atmosphère comme pas deux, d’autant que Zia y va de son petit pas de danse qui « colle » tout à fait à l’esprit de la chanson, le tout en continuant à jouer du clavier. Une fois le morceau terminé, le quatuor salue son public avant de repartir dans les coulisses.


Les lumières se rallument, il est 22h18… signe qu’il est temps de rentrer chez soi. Mais pas tout à fait… Le public en redemande. Ce que public veut… Le groupe finit par revenir sur scène alors qu’il semblait déjà prêt à quitter les lieux : le chanteur de Portland revient sur scène avec son sac en bandoulière qu’il pose à côté de la batterie. Ils se lancent alors dans « Boys Better » avec une longue intro de près de trois minutes – près de la moitié du morceau, en fait - soutenue par une mélopée vocale… et le retour des stroboscopes. L’éclairage précédent me plaisait pourtant bien : démarrage sous un éclairage violet qui s’efface au profit des spots blancs placés à l’arrière de la scène. Et puis soudainement, l’air de rien, un des gars du premier rang… monte sur scène, suivi par d’autres. Il faudra pas loin de trente bonnes secondes avant que la sécurité ne réalise (et réagisse). Baaah rien de bien grave, ils étaient à fond dedans et se contentaient de danser… devant notre quatuor qui termine sa chanson, imperturbable. Pro, quoi !

Vous l’aurez compris, dans les choses qui m’ont déplu, nous avons l’éclairage qui a massacré mes yeux, la fumée qui a tué ma gorge (et mon pauvre pif !) et le son qui a méchamment endommagé mes oreilles. Je me dois aussi cependant insister sur le fait que ces remarques ne s’appliquent pas à la totalité de la durée du concert mais à quelques moments de celui-ci. J’ai cependant eu une pensée inquiète pour la gamine que j’avais vue plus tôt dans la soirée dans les premiers rangs. De la même façon, j’ai regretté ne plus avoir de bouchons d’oreille pour le jeune garçon assis sur le sol non loin de moi, mains posées sur ses oreilles, et visiblement épuisé de ces « attaques sonores ». Si c'était sa première expérience, pas certaine qu’on le reverra de sitôt dans une salle de concert, lui.

A noter aussi que le groupe allongera singulièrement plusieurs de ses chansons, ce qui sera un des « péchés » du quatuor lors de ce show. Le trop nuit en tout et plutôt que d’user certaines chansons jusqu’à la corde, il aurait probablement été plus intéressant de jouer d’autres morceaux. Par exemple, j’ai regretté l’absence de « The Legend of the Outlaw Truckers » qui est morceau que j’aime beaucoup et qui aurait eu sa place dans la setlist. De la même façon, « Rest Your Head » n’aurait pas fait tache dans la programmation et aurait permis au public de découvrir une autre chanson de ce nouvel album.

Cela dit, je dois souligner que de là où je me trouvais, j’ai trouvé le public assez réceptif et je dois moi-même avouer que j’ai A-DO-RE certains morceaux, tant des anciens albums que de leur récent opus.
A la sortie du concert, je me suis tout de même demandé quelle proportion de personnes connaissant déjà les Dandy et quelle proportion venait les découvrir. Certains étaient fort jeunes et – soyons réalistes – la période de gloire des Dandy Warhols reste entre 1997 et 2003, époque à laquelle ces spectateurs étaient enfants, au mieux. J’ai même poussé le raisonnement plus loin en me demandant combien de personnes étaient ressorties convaincues d’avoir découvert un bon groupe ce soir-là…


Last but VRAIMENT not the least, je tiens à adresser un tout grand merci à Mister Kmeron pour m’avoir autorisé à emprunter ses photos du concert pour cette chronique. N’hésitez pas à aller jeter un œil dans sa galerie d’images en cliquant ici.

Setlist :
-         Be-In
-         We Used To Be Friends
-         Not If You Were The Last Junkie On Earth
-         I Love You
-         Good Morning
-         You Were The Last High
-         I Am Free
-         Holding Me Up
-         Enjoy Yourself
-         Sad Vacation
-         You Come In Burned
-         Well They’re Gone
-         Every Day Should Be A Holiday
-         The Autumn Carnival
-         Bohemian Like You
-         Get Off
-         Horse Pills
-         Wasp In The Lotus
-         Godless
-         Country Leaver
Rappel
-         Boys Better


mardi 7 février 2012

L'Histoire de... "Walk On The Wild Side" (Lou Reed, 1972)

Saviez-vous Lou Reed vient en Belgique? Le 15 juin prochain, à l’Ancienne Belgique… Ne vous emballez pas, les places sont parties aussi vite que les stocks de sel en pleine saison hivernale.
Je vous offre ici une (piètre ?) consolation en évoquant une des chansons de Mr « Velvet Underground Goes Solo ».

« Walk On The Wild Side » est l’une des chansons les plus connues de Reed, présente sur l’album « Transformer » sorti en novembre 1972. Sur ce même album apparaît aussi « Perfect Day » dont je ne manquerai pas de vous parler un jour.

Lorsque Lou Reed écrit « Walk On The Wild Side », il a en tête de faire découvrir à son auditeur des personnages que peu de gens auraient eu l’occasion ou l’envie de rencontrer ainsi que leur périple avant d’arriver à New-York.
Ce qu’il faut savoir, c’est que ces personnages ne sortent pas à proprement parler de l’imagination du talentueux musicien puisque Holly, Candy, Little Joe, Jackie et Sugar Plum Fairy ont bel et bien existé.

Pour mieux les connaître, il faut que je vous parle du célèbre Andy Warhol. Ce dernier est étroitement lié à la vie professionnelle de Reed puisque c’est Warhol qui a révélé le Velvet Underground au monde entier. C’est aussi lui qui est responsable de cette célèbre pochette d’album du Velvet, la « pochette à la banane » :


Warhol devient le manager du Velvet en 1965 et intégrera le groupe dans son projet « Exploding Plastic Inevitable ». Ce projet, novateur pour l’époque, proposait des projections des films de Warhol, accompagnées de représentations des habitués du studio The Factory, le tout soutenu par la musique du Velvet Underground.

The Factory, plus tard rebaptisé The Silver Factory, c’est tout un univers : un studio entièrement peint en argenté où se mélangeaient personnalités du monde artistique, musical… Mick Jagger, Truman Capote ou encore Dali ont frôlé les murs couleur aluminium de ce studio à une époque.


Le studio permettait à Warhol de donner libre cours à son talent artistique, sous toute forme qu’il soit. Pour ce faire, il s’était adjoint la compagnie de nombreuses personnalités : comédiens de « films pour adultes », drogués, membres de la jet-set, philosophes, dépressifs…
Tout ce petit monde cohabitait joyeusement et participait pleinement à l’œuvre du Grand Maître. Parmi eux, les « Warhol Superstars », un ensemble épatant constitué de gays, de transsexuels, de drag-queens, de bisexuels... mettant en avant le pop-art et la liberté artistique et sexuelle développées pendant les 60ies.

Le Velvet Undergound a donc un moment donné croisé le chemin de ces « Superstars »… En fréquentant le petit monde Warholien, Lou Reed rencontrera ou entendra parler de Holly Woodlawn, Candy Darling, Joe Dallesandro, Jackie Curtis et Joe Campbell, alias Sugar Plum Fairy, et écrira ainsi une des chansons qui deviendra une de ses plus belles signatures musicales.
Interviewée en 2008 pour le journal britannique « The Guardian », Holly dira avoir eu la surprise de sa vie en entendant la chanson pour la première fois parce qu’elle n’avait jamais rencontré Lou Reed. Elle prendra contact avec l’artiste et lui demandera comment il avait découvert son histoire. Réponse de l’intéressé : « Holly, tu es la plus grande gu** de la ville… ». Loin d’être vexée, elle rencontrera Lou et ils deviendront amis.


Le sujet plutôt délicat de « Walk On The Wild Side » n’a pas empêché la très conservatrice BBC de diffuser la chanson. N’allez pas croire qu’ils ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit : les patrons de la chaîne n’avaient tout simplement pas saisi toute l’ambiguïté des paroles de la chanson… Comme quoi, la poésie Reedienne n’est pas accessible à tous…
Les américains ont été plus subtils et RCA, la maison de disques, avait alors retravaillé la chanson pour en éliminer une partie qu’ils jugeaient trop scandaleuse : « Walk On The Wild Side » passait ainsi de 4:12 à… 3:37.

Pour revenir brièvement sur l’aspect technique, il faut souligner que l’album dont est tirée la chanson a pour producteurs deux grands fans de Reed. Rien de moins que Mr Ziggy Stardust himself, David Bowie, et le défunt Mark Ronson, membre des Spiders of Mars.

Si le Velvet Underground a fini par s’éloigner de Warhol, Reed rend encore hommage à l’artiste dès qu’il en a l’occasion, le considérant à jamais comme son mentor. Au final, nous n’aurions probablement jamais eu l’occasion de pouvoir entendre cette superbe chanson s’ils ne s’étaient pas un jour croisés…

La Silver Factory n’existe plus, Warhol s’en allé mettre le souk au Paradis (ou en Enfer ?) et le Velvet Underground est maintenant depuis longtemps six pieds sous terre mais il nous restera toujours au moins de cette époque « Walk On The Wild Side ». Thanks Lou !