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mardi 28 avril 2020

The Stairs ou… la meilleure chanson d’INXS (X, 1990)



Au détour d’un post innocent sur Facebook afin de répondre à une question musicale m’étant adressée, deux autres intervenantes ont joint la conversation et ont fini par faire virer le post en version parallèle de la Bagarre dans la Discothèque de l’émission Entrez sans Frapper (La Première). Précisons par ailleurs que nous sommes toutes les trois des participantes régulières de ce jeu musical qui active tes neurones et élargit tes connaissances musicales.

Miss K propose donc une question « Quelle est la plus belle chanson d’INXS qui pourrait être proposée à Jérôme Colin (nda : chef d’orchestranimateur d’ESF) pour une prochaine émission ? ». Miss C surenchérit en demandant d’argumenter ce choix.

Ma réponse ? « The Stairs. Point barre. Et j'ai l'argumentation sans souci. Parce que je l'aime cette chanson. […] (Et c'est vrai qu'on ne passe jamais assez d'INXS sur La Première, j'dis pas ça pour influencer, hein... J'pose juste ça là...) ».

Ma réponse est-elle subjective ? Absolument.
Est-elle dès lors non recevable ? Ah, nenni. Pas si j'explique pourquoi elle est si belle…

Quelle est la particularité de la chanson en général par rapport à d’autres formes d’art ? L’association entre une mélodie ET des paroles.
Quelle est la particularité d’une chanson-bonheur ? La combinaison entre LA mélodie et LES paroles par-fai-tes. Et un frisson.
Bon allez : la chanson !



Tenez, la mélodie de The Stairs, par exemple. Une crescendo, une belle comme je les aime. On démarre la chanson au synthé. Calme, soft. Arrive doucement, en arrière-fond mais bien là, une touche de guitare. Doucement, pas besoin de se presser. Ensuite, un peu de batterie mais on continue dans la douceur. Un soupçon de percussions que la basse rejoint. Voilà… Nous sommes à la 30e seconde et tous nos instruments ont fait leur apparition. Pendant 30 nouvelles secondes, ils s’apprivoisent, apprennent à se connaitre. Et puis, la guitare décide de prendre un peu d’autonomie… Premier frisson.
Une minute dix-neuf, une seule et unique note de basse dit à la batterie d’enchaîner, emportant un brin la rythmique de la chanson vers quelque chose de plus énergique. Deuxième frisson. Déjà là, je sais que je ne vais pas y échapper…
Une minute quarante. C’est le temps qu’il faut attendre avant d’entendre la voix de Michael Hutchence. Un temps de dingue que je ne vois pourtant pas passer tellement je suis envoûtée par la mélodie. La voix étant un instrument à elle seule, celle d’Hutchence semble elle aussi guider les instruments vers de nouvelles étapes de la chanson, tantôt avec douceur, tantôt avec un peu plus de puissance… Avec, aussi, le lot de frissons que sa voix de velours a toujours eu sur moi.
Cette chanson, rien qu’à sa mélodie, donne l’impression que chaque instrument a une vie propre, une chose à dire. Qu’ils sont tendresse mais rage aussi.
Presqu’au bout de trois minutes, Hutchence leur rend leur liberté pour les laisser à nouveau s’exprimer : batterie, basse, guitare, percussions… Chacun veut nous dire une dernière chose avant que la chanson ne s’éteigne. Hutchence les rejoint une dernière fois pour le refrain avant que tout ce beau monde ne ferme boutique alors que toi, tu voudrais que ce morceau dure jusqu’à plus soif.

Et les paroles alors ? Aaah les mots ! Difficile d’expliquer la beauté de mots avec d’autres mots mais… essayons. Commençons par préciser que Michael Hutchence considérait ce titre comme sa chanson la plus ambitieuse et qu’elle est apparemment la préférée d’Elton John issue du catalogue du groupe.
The Stairs (Les Escaliers) parle des hommes et de leurs vies, de leurs peurs, de leurs passions, de choix à faire… mais en incluant le tout dans un paysage urbain. Paysage où quels que soient la rue, le bâtiment ou l’étage, nous continuons à passer les uns à côté des autres sans nous voir alors qu’en fait, nous partageons tous le même espace, nous avons tous des mouvements – des histoires - identiques. Le message est sous-jacent mais bien là : on est tous ici, ensemble sur la même planète ; posons-nous deux secondes et prenons le temps de réfléchir à ce que nous sommes, ce que nous voulons et… à voir les autres autour de nous. À voir que nous ne sommes pas seuls. Et à un peu plus communiquer entre nous, pour tout dire.
Voilà toute la beauté des mots de cette chanson : elle te laisse voir ce que tu veux et tu ne peux pas t’empêcher de t’interroger, voire de la lire avec des niveaux différents, comme ces étages qui défilent dans l’ascenseur. Loin d’être moralisateur, Michael Hutchence te dit ce que lui voit. À toi de choisir ton chemin…

The Stairs a presque trente ans d’existence. Aujourd’hui, au moment où bon nombre de gens sur notre planète sont confinés dans des buildings, où l’on doit se tenir à distance les uns des autres, ces paroles prennent assurément encore un tout autre sens. Comme une petite claque. Comme une piqûre de rappel de notre humanité qui perd parfois ce côté humain… Un comble quand on lutte contre un méchant virus qui vole des vies par milliers.

Au-delà de la mélodie et des paroles, il y a aussi les hommes qui se cachent derrière The Stairs, à savoir INXS, six Australiens. Composé et écrit par Andrew Farriss et Michael Hutchence, le tandem créatif du groupe, le titre est inclus sur X, leur septième album, mais n’est malgré tout jamais sorti en single à grande échelle. 
Six mecs qui ont fait les beaux jours des années 80 et du début des années 90. 
Six types qui ont, en 1990, rempli le célèbre stade de Wembley. Quatre soirs d’affilée. Encore aujourd’hui, certains artistes ne peuvent pas se vanter d’en avoir fait autant. Et ne pourront probablement jamais le faire. 


Si l’écoute des albums fait du bien, cela reste en live – comme souvent ! - que le groupe démontre toute ses harmonie et talent. Encore aujourd’hui, après dieu sait combien de concerts, c’est celui d’INXS qui reste le plus fort. Parce que c’était mon premier ? Probablement. Mais aussi parce que voir ces six-là avoir autant de plaisir à être ensemble sur scène et avec nous, ça ne s’oublie jamais.

Par chance, The Stairs a été capturée en images en 1991, lors d’un autre concert à Wembley, encore plus vibrante que la version album. On notera à la 02:53 ce magnifique "je chope un nouveau stick, j'envoie l'autre valser et vous avez rien vu, hein ?" par l'excellentissime Jon Farris. Image particulièrement bien attrapée par David Mallet, réalisateur du concert. La fan de batterie en moi a fait son trip rien qu’avec ces deux secondes-là. :D



The Stairs… Cette chanson, tu peux me la passer 25 ou 50 fois, ce seront 25 ou 50 fois où je vais avoir les poils des bras et de la nuque qui se dressent d’un frisson, comme une décharge électrique sans douleur, comme une impression de bonheurs dont on veut encore... Parfois, tu sais pourquoi, tu sais l’expliquer et mettre des mots dessus (comme je le fais ici) mais pas toujours… C’est juste un frisson. 
Si toi aussi, tu as déjà ressenti ce gros méchant frisson, alors je pense que tu as trouvé ta ou tes chansons-bonheur. Parce que ton corps, lui, t’aura physiquement fait ressentir cette combinaison d’une mélodie et de paroles… parfaites.

Hier, alors que j’écrivais cet article, Miss K. et Miss C. ont animé mon mur Facebook pendant la soirée. À coups de GIFs déments, de références cinéma, de vannes bien placées et de quelques musiques de bon cru. Résultat : j’ai oscillé entre écriture sérieuse et gros fous rires. On peut donc dire que les délires de Miss K. et Miss C. auront apporté plus de soleil hier soir que ceux qui semblent un tantinet développer des attitudes anxiogènes face à un confinement un peu compliqué. (Je juge pas, chacun vit son confinement comme il peut – ou comme il veut ? - après tout !)

Morale de l’histoire : je maintiens qu’on entend jamais assez d’INXS sur les ondes radios pour frissonner de bonheur et qu’il ne faut jamais sous-estimer la puissance du tandem K. C. &… the Sunshine Band pour égayer un confinement!


lundi 13 janvier 2020

L’histoire de… Michael Hutchence (Partie 2)



Hier nous avons abordé les débuts de la carrière d’INXS, ainsi que le parcours de vie de son chanteur…

Certains d’entre vous me diront certainement en (re)voyant les vidéos qu’il n’était pas difficile de fondre littéralement devant un mec avec un physique pareil. Certes. Oui, Michael Hutchence était aussi reconnu et adulé pour son physique. Mais je vous garantis que s’il avait eu une voix de m…, je ne me serais jamais intéressée à INXS. Je les aurais même carrément niés. C’est le cas avec Placebo : leur musique est absolument géniale mais que je ne peux écouter deux morceaux d’affilée parce que mes oreilles ne supportent pas la voix de Brian Molko.



Cela dit, de nombreuses femmes se sont intéressées à Michael Hutchence. Et l’ont intéressé. Parmi elles, Kylie Minogue mais également la mannequin danoise Helena Christensen. En 1994, il entame une relation avec Paula Yates, avec laquelle il aura une petite fille, Tiger Lily, née en 96. Début 97, de nombreux événements (dont la peur de se voir retirer sa fille ou la lutte de Paula Yates pour la garde de ses enfants) ainsi que la drogue plongent Hutchence dans un état de stress intense. En novembre 1997, installé dans sa chambre d’hôtel et à l’aube d’une nouvelle tournée avec INXS, il appelle plusieurs personnes, dont Paula qui lui apprend qu’elle ne pourra pas le rejoindre à Sydney, comme prévu, parce que son ex-mari a entamé une procédure juridique leur interdisant de sortir d’Angleterre. Il est dévasté à l’idée de ne pouvoir avoir près de lui sa fille. Le lendemain, il est retrouvé pendu à la porte de sa chambre. N’ayant jamais laissé de note, toutes les options sont envisagées, allant de l’accident à un jeu sexuel ayant mal tourné. L’autopsie se conclura par un suicide. Aujourd’hui pourtant, une révélation récente montre que la drogue et le stress n’ont probablement pas été les seuls éléments déterminants de son geste fatal.

Dans le documentaire Mystify, sorti l’an dernier, Héléna Christensen, un de ses exs, confirme un secret déjà évoqué par le passé qui lève le voile sur le changement de personnalité de Michael que le reste du groupe avait constaté lorsqu’ils ont commencé à enregistrer Full Moon, Dirty Hearts en 1992. A l’époque, Michael est difficile, a des sautes d’humeur et semble avoir des soucis de concentration. Ce n’est pas le Michael qu’ils ont toujours connu. Et pour cause puisqu’il n’est effectivement plus le même. Quelques mois plus tôt, il est attaqué en rue et sa tête heurte le sol, au point de saigner de la bouche et d’une oreille. Héléna le convainc de faire d’autres examens. Le verdict tombe : le choc a affecté deux zones de son cerveau et il a perdu le goût et l’odorat. Par peur que ses compagnons le rejettent, il fait jurer le secret à la jeune femme, ce qu’elle fera là où d'autres auront parlé, même si après le décès du chanteur. Lorsque Lowenstein, réalisateur de Mystify, obtient l’accès au rapport d’autopsie de Michael, des années après son décès, il voit de ses propres yeux ce secret bien gardé sur les radios du cerveau de son ami. Une spécialiste du domaine explique dans le documentaire qu’à long terme, l’affect amené par ce type de handicap pouvait sans nul doute avoir été une des sources du geste fatal de Michael. Parce qu’en supprimant des sens directement connectés aux plaisirs de la vie, c’est également une série d’émotions qui disparaissent instantanément.

Dans un peu plus d’une semaine, nous fêterons l’anniversaire de la naissance de Michael Hutchence. Il aurait certainement fêté ses 60 ans entouré de ceux qu’il aimait avoir près de lui. Bien que je puisse encore apprécier son talent en écoutant un album du groupe, le Max Q ou son album posthume, Michael Hutchence, sorti en 1999, il m’arrive souvent de me demander ce qu’il serait advenu si la vie avait été différente…



INXS, lui, n’a plus jamais été le même sans Michael : le groupe a continué à se produire avec d’autres chanteurs, notamment avec JD Fortune sur Switch (2005) mais si l’album est musicalement excellent et la voix de JD très bonne, c’est aussi de charisme dont il s’agissait quand Michael Hutchence faisait son apparition sur une scène ou une chanson. Et ça, c’est comme une voix, c’est unique. Hutchence et le vide qu’il a laissé est d’ailleurs fort présent sur Switch, au travers de chansons comme Afterglow ou God’s Top Ten, écrite par Andrew Farriss et clairement adressées à son ami. 

God’s Top Ten

Chez nous, la musique et le nom d’INXS ont disparu peu à peu de nos contrées (à part chez nos voisins flamands). Mais l’aura d’INXS reste toujours aussi forte en Australie, même si Michael Hutchence est mort il y a plus de 20 ans.

En 2014 sort INXS: Never Tear Us Apart, mini-série relatant l’histoire de groupe dès leurs débuts. C’est Luke Arnold, qui jouera l’année suivante dans la série Black Sails, qui y joue Hutchence.

En 2017, les membres survivants du groupe retournent dans l’école où tout a commencé et sont accueillis chaudement par des ados qui connaissaient INXS alors qu’ils sont nés après le décès de Michael!

Sorti l’an dernier, le documentaire Mystify de Lowenstein, mentionné plus haut, montre tout le respect du réalisateur et des proches du chanteur. Lowenstein avait d’ailleurs déjà mis en scène Michael dans son film Dogs in Space (1986), pour lequel le chanteur avait écrit quelques titres inédits. Ami de longue date du groupe, il avait aussi réalisé plusieurs clips vidéos (What You Need, Suicide Blonde, New Sensation, Never Tear Us Apart…)

Fin 2019, leur concert Live Baby Live fait le tour des cinémas. Il ne s’agit pas simplement de la diffusion du concert original mais d’une version remastérisée et améliorée, autant niveau son qu’image. Pour offrir ce cadeau aux fans, Chris Murphy, le manager du groupe, a cherché pendant 10 ans le film original (pressé sur négatifs de 35 mm !) entre Angleterre, Etats-Unis et Australie. Une fois retrouvé, c’est un long et précis travail de 12 mois qui a été nécessaire pour redonner vie à un grandiose moment de concert, qui, j’imagine, sera prochainement édité en DVD.



Aujourd’hui se terminait Greatest Hits: Michael Hutchence, une expo photo dans une galerie de Paddington, non loin de Sydney.

La périodicité des messages sur le guestbook du site officiel Michael Hutchence démontre également à quel point le chanteur est toujours présent dans le cœur des gens…

Niveau lectures, le groupe a travaillé en 2005 avec Anthony Bozza sur INXS : Story to Story, la seule et unique autobiographie autorisée du groupe sortie à ce jour. En 2018, Tina, la sœur de Michael Hutchence, a sorti Michael : My brother, lost boy of INXS, où elle parle avec tendresse et tristesse de son frère disparu.



Chris Murphy travaille actuellement sur un projet qui hébergerait non loin de Brisbane un musée INXS mais également un centre de développement des arts et des nouvelles technologies.

Bref, en Australie, INXS n’est pas de l’histoire passée mais… pour moi non plus. Le fait que j’écoute encore aujourd’hui régulièrement leurs albums en est la preuve. Et je ne voudrais pas me passer de ce plaisir tellement… sensuel. Tout ira toujours bien tant que Michael et les ‘boys’ d’INXS seront… By My Side.



dimanche 12 janvier 2020

L’histoire de… Michael Hutchence (Partie 1)



Morale de l’histoire : parfois… suffit d’une voix. Et puis de quelques notes tout près d’elle.

Dans les questions d’hier de la séquence Bagarre dans la Discothèque, on nous demandait de donner la chanson que nous considérons la plus belle provenant d’un interprète avec le ou laquelle on a toujours rêvé de coucher.

Prenez-moi pour une romantique débile mais coucher avec quelqu’un sans apprendre à le connaître un minimum n’a jamais fait partie de mes fantasmes. Célébrité ou non. Ce qui ne m’a pas empêché d’avoir des coups de foudre pour des artistes, évidemment. Particularité qui démarre souvent à l’adolescence, moment où les hormones travaillent avec le rendement d’une chaine de production internationale.

Il existe bien un truc qui me fait « vibrer » chez quelqu’un. Cet élément, c’est… le son de sa voix. Je peux avoir un coup de foudre vocal et demander à quelqu’un de continuer à parler, même s’il ou elle n’a plus à rien à dire, rien que pour écouter sa voix. Celui qui m’a aidé à réaliser à quel point cela m’affectait s’appelait Michael Hutchence. Encore aujourd’hui, sa voix en interview m’apaise et quand il chante, je perçois chaque changement de ton comme une caresse, je frémis à son “Come over here” de I Need You Tonight, je fonds sur la douceur de sa  voix sur The Stairs… Bref, absolument toutes les chansons d’INXS me font de l’effet à cause de sa voix de velours.



Bref, c’est une réaction physique et épidermique dont une version live amplifie encore les effets. Presque 27 ans après leur concert à Deinze, je me souviens encore de la plénitude dans laquelle j’étais tant sur place que sur le chemin du retour.
Si je devais qualifier sa voix, ce serait avec le mot « sensualité », cette aptitude qui permet de goûter les plaisirs des sens. Et c’est apparemment une perte – en partie – du plaisir des sens de Michael qui aurait contribué à son geste fatal. Mais avant de parler de sa fin, parlons un peu de sa vie…

Né en 1960 à Sydney, en Australie, Michael Hutchence était le fils de Kelland et Patricia Hutchence. La famille compte également Tina, née du premier mariage de Patricia et adolescente lorsque Michael fait son apparition. Leurs activités les occupant beaucoup, c’est Tina qui veille sur son frère et devient sa confidente dès son plus jeune âge. La famille déménage à Brisbane où un second garçon, Rhett, naît, avant de partir pour Hong Kong pour raisons professionnelles. C’est là que Michael joue sa première chanson, dans… un magasin de jouets. En 1972, fini de faire tourner en bourrique les employés des hôtels de luxe dans lesquels ils séjournent en jouant avec les ascenseurs et retour à Sydney.

Michael a alors 12 ans. Un brin timide, il a du mal à nouer des liens à l’école. Alors qu’une bagarre entre un autre élève et lui menace d’éclater, Andrew Farriss s’interpose. Cette rencontre marque le début d’une longue amitié et de ce qui deviendra INXS. Michael passe énormément de temps chez les Farriss, qui compte deux autres garçons, Tim et Jon, pour y apprécier l’environnement musical qui y règne en quasi permanence. Andrew a son groupe – lequel comporte déjà Garry Gary Beers, futur bassiste d’INXS - et invite ainsi Michael à faire partie de Doctor Dolphin. En 1976, sa mère part en Californie et emmène avec elle Tina et Michael, abandonnant son mari et Rhett en Australie. Ils reviennent en 1977 mais Doctor Dolphin n’est plus. Qu’à cela ne tienne : Tim Farriss rameute Andrew, Michael et Garry dans son propre groupe, en y ajoutant Jon, le ptit frère et Kirk Pengilly, un de ses potes d’école. Là, on est prêts, on a toute l’équipe : l’aventure INXS peut commencer. Mais d’abord sous le nom The Vegetables.

Une rencontre fortuite avec le manager de Midnight Oil leur permet de faire les premières parties du groupe. C’est à cette période qu’ils changeront leur nom et ils joueront leur premier concert en tant qu’INXS le 1er septembre 1977.

Le groupe sort un premier single en 1980 et un album suit dans la foulée, au son new-wave typique de l’époque. Il faudra attendre Shabooh Shoobah, leur 3e opus, pour que la musique d’INXS sorte des frontières. En 1986, après une tournée où ils chaufferont les salles pour Queen (rien que ça !), le groupe veut changer de style et enregistre Kick. Après écoute, la maison de disque déteste l’album. Ils offrent même un million de dollars au manager du groupe pour qu’ils suppriment l’entièreté de l’album. Refus. Et heureusement ! Kick reste le plus grand succès du groupe et s’est aujourd’hui écoulé à plus de 30 millions d’exemplaires. Accessoirement, c’est aussi celui-là qui m’a permis de les découvrir, le jour où mes oreilles ont entendu New Sensation.



Après une tournée mondiale, les garçons passent du temps auprès de leurs familles ou travaillent sur d’autres projets. Michael enregistre l’excellent album Max Q avec Ollie Olsen. Chris Murphy, le manager d’INXS, est furax et a peur que cela soit la fin d’INXS : il interdit à Michael de sortir l’album sous son propre nom ou même d’apparaitre sur la pochette. La mainmise du manager ainsi que le manque de confiance qu’il lui accorde (Andrew Farriss étant souvent co-auteur des chansons) attristent fortement le chanteur.

X, l’album suivant, maintient le groupe au sommet des charts et comporte lui aussi une belle tripotée de hits : Bitter Tears, By My Side, Disappear ou encore Suicide Blonde.



Demain, suite de l’article où nous parlerons de la lente descente aux enfers du chanteur australien mais aussi de l’héritage que lui et ses compagnons ont laissé…

jeudi 21 novembre 2019

L’histoire de... « Elegantly Wasted » (INXS, 1997)



Première question d’Entrez Sans Frapper du jour: « Quelle est la chanson sur laquelle on a le plus envie de danser quand on est dans un état avancé d’ébriété ? Tu parles d’un thème quand t’as le popotin installé… à l’hôtel de police de Verviers.

Je n’y étais pas pour chapardage de trois chocolats chez Darcy, meurtre de la vieille grand tante pour toucher son héritage, ou… prise en flagrant délit d’ébriété sur la voie publique mais pour la prépa d’un futur événement. M’enfin ! Qu’aviez-vous pensé ??! :D

Si on veut être honnête, faut avouer que quand on est complètement torché, peu importe la chanson, pourvu qu’on danse. A y réfléchir et en pensant aux folles soirées ardennaises avec les copains, il y en a quand même une qui a le don de faire relever les têtes et corps avachis sur le bar en fin de soirée, c’est Les Lacs du Connemara de Sardou. Même au seuil du coma éthylique, les deux notes de piano de début suffisent à faire lever tous les bras et inonder la piste de danse. Littéralement. Parce que danser sans lâcher la bière, c’est plus drôle. Ça rajoute un peu de piquant en essayant de rester debout sans glisser sur les liquides sortis des verres pour finir direct au sol. Quand on ne finit pas par sauter du dessus du bar à pieds joints dans un container arrivé dieu sait comment à l’intérieur de la salle du village. (Ne prétends pas le contraire, cousin Nico, j’ai encore la vidéo pour le prouver ! :D)



C’est pourtant un choix plus « sage » que j’ai proposé pour l’émission. Un choix d’anticipation puisque hier, en écoutant cette chanson, je me suis dit qu’à la prochaine question parlant d’alcool, je pourrais peut-être proposer celle-là. Et puisque l’animateur enjoint parfois ses chroniqueurs (et les auditeurs via la page FB) à donner un peu d’eux et bien allons-y…

Pleine de nostalgie, j’ai hier soir réécouté l’ensemble des albums d’INXS. Parmi ceux-ci, Elegantly Wasted, le dernier du groupe, sur lequel un titre porte le même nom. Jamais je n’avais réalisé à quel point ce titre est un chouïa paradoxal. « Wasted » veut dire « bourré » et « elegantly » signifie « élégamment ». Tout un programme !

INXS est un des premiers groupes que j’ai aimé. Je devais avoir 11-12 ans quand leur titre New Sensation a fait chavirer mon cœur musical, avec ce riff de guitare d’enfer et cette tape de batterie du tonnerre de dieu. Après, je ne les ai plus quittés. INXS est aussi le premier groupe que j’ai vu en concert, le 30 juin 1993, à tout juste 16 ans. En ayant fait croire à mes parents que j’allais à une soirée pijama. Sauf que on a fini à Deinze et pas Seraing et encore moins en pijama. On n’oublie jamais son premier concert, surtout quand il t’a permis de défier l’autorité parentale. Sobrement. Pas besoin d’alcool quand tu t’éclates au concert de tes musiciens préférés.



Bon cela dit, ne nous faisons pas plus catho que le pape, j’ai eu ma part de niveau d’alcoolémie effarant. Quand je bois un peu trop, je somnole. Quand je bois BEAUCOUP trop, je suis tellement éveillée que je vois tout ce que je ne verrais pas en temps normal, y compris ce que les copains essayent de cacher le lendemain et que je leur rappelle avec un sourire amusé. Je me souviens aussi d’une fin de kermesse il y a quelques années où j’ai alterné - pendant 15 heures d’affilée - blanc jus, pèket, coupé menthe, batida coco, passoa, bière classique, blanche rosée, blanc coca, soupe à l’oignon (histoire de bien caler le tout et de dire qu’on n’a pas bu QUE de l’alcool) pour finir en apothéose avec… de l’absinthe. A froid et puis à chaud avec le sucre, histoire de savoir quelle version me plaisait le plus. Résultat fin de soirée ? Rien. Nada. Enfin si… une fois rentrée - genre 8h du mat - et posée sur le lit, impossible de fermer les yeux et m’endormir. On aurait dit un lémurien ayant fait une overdose de vitamines !

Pour revenir la chanson, elle fait partie de la famille des morceaux à surprises cachées. A l’image du « Fucking hell » de Lennon glissé dans Hey Jude ou de la porte ou du tabouret qui grince sur Yesterday, Elegantly Wasted a aussi un élément où il faut prêter l’oreille… Mettez un casque et écoutez la chanson jusqu’au début du premier refrain. Michael Hutchence y chante deux fois les mots Elegantly Wasted. Sauf que si on écoute bien le second, c’est un « I'm better than Oasis » (Je suis meilleur qu’Oasis) que l’on entend. Oui oui on parle bien d’Oasis, le groupe des frangins Gallagher.

En février 1996, aux Brit Awards, Michael Hutchence présente le prix du « Meilleur Album » qui sera attribué au groupe de Manchester. Noel Gallagher, bière à la main, monte sur scène et balance au micro qu’un has been ne devrait pas présenter une récompense à ceux qui vont devenir des grands. Sympa !

Quelques mois plus tard, Hutchence est de sortie dans un bar avec Bono quand arrive Liam Gallagher qui se joint au duo. Au bout de quelques bières, le cadet des Gallagher devient agité et crie comme un marchand de poisson en plein marché. Hutchence lui demande de se calmer et Liam devient agressif. C’est finalement Bono qui calmera le jeu. Mais pas celui d’Hutchence qui en a peu sa claque de ces deux-là.

Lors d’une interview radio en 1997, le DJ discute avec Andrew Farriss, le claviériste du groupe, et Hutchence du nouvel album et leur dit qu’il pense entendre ce « I’m better than Oasis ». Farriss se retourne vers le chanteur qui reste silencieux mais regarde tout le monde avec un large sourire sur le visage, laissant Farriss horrifié. Apparemment, lors de l’enregistrement du morceau, Hutchence était retourné seul en studio pour refaire quelques prises, dont cette variation des mots « Elegantly Wasted »… que personne – y compris les autres membres du groupe - n’avait remarqué. Et de fait, c’est tellement bien chanté que c’en est bluffant et que ça passe comme une lettre à la poste! Sur ce coup-là, Hutchence aura eu le dernier mot !

En résumé, que l’on fasse la fête ou que l’on reçoive une récompense, quand on est « wasted », on l’est finalement très peu « elegantly ».

Allez assez écrit… Ecoutons donc Michael s’amuser au détriment d’Oasis !





jeudi 22 novembre 2012

L'histoire de... "Heaven For Everyone" (The Cross, 1988) ENGLISH

 
I already wrote about different subjects that angered me or moved me by using songs as a backup material: Peter Gabriel with “Don’t Give Up” and Sixx:AM with “Skin” were these two examples.
 
Tonight, I have another reason to write an article of that kind but before explaining myself, let’s talk about the main subject: the song. This song…
 
 
 Guess a few things sound familiar to most of you, right? Well yes, indeed, it is Freddie Mercury’s voice on the record and yes, Queen also recorded “Heaven For Everyone”. But… in this case, it’s The Cross who released it first back in 1988.
 
Back in 1986, Queen hit the road one more time and played for 26 dates across Europe for what would be their final tour. During this one, Queen brought with them opening acts that would later become famous: INXS, The Bangles or, for another example, Status Quo. The year after, Freddie Mercury was diagnosed with HIV and although the singer kept working as long as he could and worked on two more albums before his sad departure (He was already dead when the remaining Queen members started working on “Made In Heaven”), the band decided all together to stop touring to keep him away from any unnecessary tiredness.
 
At the end of “The Magic Tour”, Queen parted ways to work on different projects: while Mercury started working on “Barcelona”; Roger Taylor, Queen’s drummer, created The Cross and the band released its first album in April 1988, with Taylor on vocals and… guitar. While being in The Cross, Taylor actually never drummed, leaving that spot to Josh Macrae.
That being said, the particularity of “Shove It” might be that the album was almost completed when Taylor recruited the other musicians… by placing an ad in a national newspaper. In fact, he first thought of releasing the material as a solo album but changed his mind somewhere along the way and decided to bring other people in the band to be able to go on tour and bring these songs to the outside world.
 
Different versions were recorded back then: one version with Taylor singing the lead vocals with Mercury on background vocals - the one above – and one version where Mercury also sings lead vocals.
As you may guess, the single version is the one with Taylor on lead vocals but the full-Mercury one wasn’t dropped and still appears on the “Shove It”.
 
When Queen started began their working sessions on “Made In Heaven”, “Heaven For Everyone” was picked as one of the songs to be redone for the album. The spoken parts of Taylor at the beginning and the end of the original version were dropped and a new backing track and new background vocals were done to fit to Queen’s sound. Although he has proven himself with a few other famous songs like “Radio Ga-Ga” and “A Kind Of Magic”, “Heaven For Everyone” is the only Taylor song included in the album.
The new version of “Heaven For Everyone” was the first single taken from the album and was released in November 95, almost 4 years after Mercury’s death.  
 

 
The video was directed by David Mallet, a video director who has also worked with David Bowie (Ashes To Ashes, Let’s Dance…), Def Leppard (Rock Of Ages, Foolin’…) and AC/DC (You Shook Me All Night Long, Highway To Hell, Big Gun, Rock’n’Roll Train…). Mallet was a long-time friend of Queen as he has directed quite a number of their videos: Bicycle Race, Radio Ga-Ga, I Want To Break Free, Who Want To Live Forever or Under Pressure, the band’s collaborative song with Bowie…
He has also directed a few live shows (INXS’s “Live Baby Live”, U2’s “PopMart: Live From Mexico”, Pink Floyd’s “Pulse”…) and was, thanks to his experience and friendship with the band, the best choice to direct the Freddie Mercury tribute concert held in Wembley Stadium on the 20th of April 1992. 72.000 people attended the show where many artists came as helpful and sometimes surprising duet to support Queen but its broadcasting to 76 countries in the world brought more than one billion more people in the celebration “the life, and work, and dreams, of one Freddie Mercury [… giving] him the biggest send off in history”, as his fellow musician Brian May said that day. Yes… that was definitely a hell of a goodbye to one of the biggest singers in the history of music.
 
 
Why do I talk about Queen? Why did I pick this one song written by Roger Taylor talking about Heaven?
 
You never get used of losing people in your life… Even less when they were amazing ones. Today, my family lost one of its members, my father’s cousin. He had just turned 80 last week but when you were having a conversation with him, you never felt all these years between yourself and him. He had known me since the day I was born and though we weren’t seeing each other every week, every time we did, he always had that mischievous little light in his eyes or the kindest words ever.
He never really had the chance to go to school and have the education my generation was able to receive but he was interested in so many different subjects that he read about these in an impressive number of books. You could have a chat on any subject with him and just by listening to him, you could be sure that you’d get out of his home having learned something new.
He never got married but that certainly doesn’t mean he ended up “alone”. In summertime, you could pass right outside his house; the door would always be (literally!) open for anyone if he was there… In the wintertime, the door was closed but you could see some car parked in front of his home from time to time.
He was always brave enough to welcome the crazy kids we sometimes are whether we were coming to celebrate the village fair with him in August or wishing him a happy New Year on every 1st of January. A good dozen of good old friends sitting on each other in this little kitchen liberating themselves from their warm winter clothes as he was putting the appetizers and the drinks on the table… when they were not already on the table before our arrival.
Damn… next 1st January will be weird and sad… The door will now remain close, he won’t call me “mi ptite fèye” (Little girl) anymore and I won’t get that usual little blink while leaving him and wishing him Happy New Year anymore as he was slipping a chocolate sweet in my hand.
 
That’s how he was and he will be very much missed.
 
Freddie closes the song by saying “this should be heaven for everyone”… I don’t know if there’s any Heaven. If there is one, I don’t know if there is indeed a place for everyone but being who he was, my dad’s cousin deserves to have a ticket for a ride in the Afterlife.
 
And oh… his name was… His name was Roger.
 
 

L'histoire de... "Heaven For Everyone" (The Cross, 1988) FRENCH

J’ai déjà écrit sur différents sujets qui me mettaient en colère ou m’émouvaient en faisant usage de chansons comme support d’expression : Peter Gabriel avec sa « Don’t Give Up » et Sixx :AM avec « Skin » sont ces deux exemples.
Ce soir, j’ai une nouvelle raison d’écrire un article de ce genre mais avant de m’expliquer, parlons du sujet principal : la chanson. Cette chanson…

Je parie qu'elle vous semble familière, non ? Et bien oui, en effet, c’est la voix de Freddie Mercury sur ce morceau et oui, Queen a aussi enregistré « Heaven For Everyone ». Mais... dans le cas qui nous occupe, c’est le groupe The Cross qui l’a sortie d’abord en 1988.
En 1986, Queen repart sur les routes une fois de plus et joue sur 26 dates à travers l’Europe dans ce qui sera sa dernière tournée. Lors de celle-ci, les membres de Queen ont emmené avec eux des premières parties qui deviendront célèbres par la suite : INXS, les Bangles ou, autre exemple, Status Quo. L’année suivante, Freddie Mercury est diagnostiqué comme séropositif et bien que le chanteur ait continué à travailler autant que possible et a posé sa voix sur deux albums de plus avant son triste départ (Il était déjà décédé lorsque les membres restants de Queen ont commencé à travailler sur « Made In Heaven »), le groupe a décidé de commun accord de stopper les tournées pour lui épargner toute fatigue inutile.
A la fin du « Magic Tour », les Queen se sont séparés pour travailler sur différents projets : alors que Mercury commence à travailler sur « Barcelona » ; Roger Taylor, le batteur de Queen, créé The Cross. Le groupe sort son premier album en avril 1988, avec Taylor au chant et… à la guitare. Durant sa participation à The Cross, Taylor n’a d’ailleurs jamais pris les baguettes de batteur, laissant cette place à Josh MacRae.
Ceci étant dit, la particularité de l'labum « Shove It » est probablement qu'il était déjà presque finalisé lorsque Taylor a recruté les autres musiciens… en plaçant une annonce dans un journal national. En fait, il avait au départ pensé à sortir le projet comme album solo mais a changé d’avis en cours de route et décidé de recruter d’autres membres pour pouvoir partir en tournée et faire découvrir ces chansons au monde extérieur.
A l’époque, plusieurs versions ont été enregistrées : une avec Taylor comme chanteur principal et Mercury aux chœurs – celle-ci-dessus – et une autre version où Mercury assume également le chant principal.
Comme vous pouvez le deviner, la version sortie en single est celle de Taylor au chant mais la version avec Mercury à tous les postes n’a pas été jetée aux oubliettes et apparait toujours sur « Shove It ».
Lorsque Queen a commencé à travailler sur « Made In Heaven », « Heaven For Everyone » a été choisie pour être l’une des chansons à retravailler pour l’album. Les parties parlées de Taylor au début et à la fin de la version originale ont été ôtées et une nouvelle bande-son et des chœurs ont été créés pour coller un peu plus au son de Queen. Bien qu’il ait fait ses preuves avec d’autres chanson connues telles que « Radio Ga-Ga » et « A Kind Of Magic », « Heaven For Everyone » est la seule chanson de Taylor incluse sur cet album.
La nouvelle version « Heaven For Everyone » était le premier single extrait de l’album et est sortie en novembre 95, presque 4 ans après le décès de Mercury.
Cette video a été réalisée par David Mallet, un réalisateur vidéo qui a également travaillé avec David Bowie (Ashes To Ashes, Let’s Dance…), Def Leppard (Rock Of Ages, Foolin’…) et AC/DC (You Shook Me All Night Long, Highway To Hell, Big Gun, Rock’n’Roll Train…). Mallet était un ami de longue date de Queen et avait réalisé plusieurs de leurs vidéos : Bicycle Race, Radio Ga-Ga, I Want To Break Free, Who Want To Live Forever ou encore Under Pressure, la collaboration du groupe avec Bowie…
Il a aussi réalisé plusieurs concerts (le « Live Baby Live » d’INXS, le « PopMart: Live From Mexico » de U2, le « Pulse » de Pink Floyd…) et était, en raison de son expérience et de son amitié avec le groupe, le choix le plus adéquat pour réaliser le concert tribute à Freddie Mercury qui s’est tenu au Wembley Stadium le 20 avril 1992. 72 000 personnes ont assisté à ce show où de nombreux artistes sont venus prêter une main forte et parfois surprenante à Queen mais sa diffusion dans 76 pays du monde ont amené plus d’un milliard de personnes à célébrer « la vie, et le travail, et les rêves, du seul Freddie Mercury [… en lui envoyant] le plus grand au-revoir de l’histoire », tel que l’a dit ce jour-là son ami Brian May. Oui… c’était vraiment un sacré au-revoir à l’un des plus grands chanteurs de toute l’histoire de la musique.
Pourquoi vous ai-je parlé de Queen ? Pourquoi ai-je choisi cette chanson de Roger Taylor qui parle du Paradis ?
On ne s’habitue jamais à perdre des gens qui font partie de votre vie… Encore moins quand ceux-ci sont exceptionnels. Aujourd’hui, ma famille a perdu un de ses membres, le cousin de mon père. Il venait de fêter ses 80 ans la semaine dernière mais lorsque vous parliez avec lui, vous ne ressentiez jamais toutes ces années entre lui et vous. Il me connaissait depuis le jour de ma naissance et même si nous ne nous voyions pas toutes les semaines, à chacune de nos rencontres, il avait toujours cette petite lueur malicieuse dans le regard ou un mot gentil.
Il n’a jamais vraiment eu la chance de pouvoir faire de grandes études ou recevoir la même éducation que ma génération mais il s’intéressait à tellement de sujets qu’il lisait un nombre impressionnant de livres sur des sujets variés. Vous pouviez discuter de tout avec lui et en l’écoutant simplement, vous pouviez être certain de ressortir de chez lui en ayant appris quelque chose que vous ne saviez pas en y rentrant.
Il ne s’est jamais marié mais cela ne veut certainement pas dire qu’il a fini « seul ». En été, vous pouviez passer devant chez lui, la porte était (littéralement !) ouverte en permanence pour qui voulait s’il était chez lui… En hiver, la porte était fermée mais vous pouviez voir l’une ou l’autre voiture parquée devant chez lui de temps en temps.
Il était suffisamment brave pour accueillir les jeunes un peu foufous que nous sommes parfois pour la fête du village en août ou lorsque nous venions lui souhaiter une Bonne Année chaque 1er janvier. Une bonne douzaine de vieux amis entassés les uns sur les autres dans cette minuscule cuisine en train de se libérer de leurs chauds vêtements d’hiver tandis qu’il mettait des apéros et des boissons sur la table… quand ces derniers n’étaient pas déjà sur la table avant notre arrivée.
Mince… le prochain 1er janvier sera étrange et triste… La porte restera désormais fermée, il ne m’appellera plus « mi ptit fèye » (ma petite) et je n’aurais plus droit à cet habituel clin d’œil qu’il m’adressait alors que je le quittais en lui souhaitant encore une Bonne Année tandis qu’il me glissait une praline dans la main.
C’est comme ça qu’il était et il va manquer à beaucoup.
Freddie finit la chanson en disant « Ceci devrait être le paradis pour chacun »… Je ne sais pas si le Paradis existe. Si tel est le cas, je sais encore moins s’il y a une place pour chacun d’entre nous mais pour la personne qu’il était, le cousin de mon père mérite son billet pour son voyage dans l’Après-vie.
Et oh… au fait… Il s’appelait Roger.