lundi 17 septembre 2012

Mika - The Origin Of Love (2012)


Ca y est ! Le nouvel album de Mika est (enfin) dans les bacs ! Celui-là, beaucoup de fans l’attendent depuis des mois. Après tout, le dernier album du grand gaillard date de 2009 et dieu sait que dans le monde de la musique (et dans le cœur d’un fan), trois ans, c’est long… Déjà annoncé en 2011, la sortie de « The Origin Of Love » a été reportée plus d’une fois… Cela dit, Mika n’a pas laissé ses fans de côté : au cours des derniers mois, l’artiste a sorti donné plusieurs concerts où il a joué plusieurs morceaux de ce nouvel album. Il est notamment passé en Belgique au Festival Suikerrock en juillet dernier, festival où j’étais présente et où j’ai eu la chance d’assister à une flamboyante prestation qui n’a fait que renforcer mon envie d’avoir entre les mains ce fameux nouvel album…

 

 
Et nous y voici enfin… Et qu’en penser ? Et bien…
Comme je viens de vous le signaler, plusieurs chansons ont déjà été révélées au public au cours des derniers mois. L’on pourrait dire que cela réduit la joie de la découverte du nouvel album de Mika. Et bien… pas du tout. L’album comporte d’autres chansons qui n’ont encore jamais été jouées en public et qui valent toutes le détour. Et les chansons entendues en live conservent leur force en version studio (probablement parce qu’elles ramènent aux émotions ressenties lors du concert, je vous le concède).
D’ailleurs, pour être honnête avec vous, il m’est absolument impossible de vous donner un top de mes chansons favorites de cet album. C’est… un tout. Un tout avec la cohérence d’un Mika tel qu’on le connait. Celui des mélodies qui rentrent dans la tête et qui ont tendance à y rester bien ancrées pour le restant de la journée une fois que vous les avez entendues. Cette aptitude à concocter des mélodies entêtantes a toujours été un des meilleurs atouts du compositeur. Et si parfois la mélodie nous semble un peu plus « ordinaire » qu’à l’habitude, Mika sait aussi nous rappeler qu’il est également un excellent parolier et/ou raconteur d’histoires.

L’album démarre avec la chanson-titre, superbe morceau où Mika exprime son point de vue sur les origines de l’amour. Chanson liée à dieu et la religion sans vraiment s’y attaquer, montrant encore une fois le côté gentil du garçon. Mika montre que dans son petit monde à lui, l’origine de l’amour, c’est la personne qu’il aime ou, par une extension facile à faire grâce aux paroles… pourquoi pas vous ? Coup de génie, Mika ajoute à la chanson une partie en… latin et… chantée par une chorale d’hommes, où il est difficile de ne pas faire la relation avec la religion catholique. Je la passe la chanson en boucle plusieurs fois et qu’il m’est difficile de passer à la seconde plage de l’album… Note pour l’artiste : éviter de mettre des chansons pareilles en début d’album, ça rend fou !
 



Deux morceaux ont un style plus « dance » : je ne suis pas fana de la dance en général mais certains morceaux sont sympathiques et donnent envie de se lever et de danser. Ainsi, par exemple, pas mal de chansons de David Guetta me plaisent. Pour ce qui est de cet album et de « Stardust » et de « Overrated », elles sont agréables à l’oreille et le contraste entre l’énergie de la musique et les paroles est… surprenant !

Mika, c’est aussi un homme qui sait écrire de merveilleuses ballades. « Happy Ending » reste une des plus belles chansons que j’aie entendue et je suis toujours un peu malheureuse qu’il n’ait pas eu l’idée de sortir « I See You » (The Boy Who Knew Too Much, 2009) en single : il suffisait d’écouter les paroles et les images (et donc le clip) venaient d’elles-mêmes. Quoiqu’avec Mika, les clips vidéos sont toujours une éternelle surprise…
« Underwater » n’échappe pas à la règle : démarrant sur une mélodie de piano, on se laisse tout bonnement porter par la voix du chanteur et emmener dans un autre monde. « With your love, I can breathe underwater » (Avec ton amour, je peux respirer sous l’eau)… Si au départ, cette phrase peut paraitre simpliste, il faut la reposer dans son contexte et de tenir compte de l’entièreté de la chanson. « Underwater » est simple en paroles mais… simplement sublime. La première fois que je l’ai entendue, c’était en « live » au Suikerrock et j’ai vibré au point que les larmes me sont montées aux yeux, pure réaction physique de mon ptit corps. Je la réécoute ici sans « l’effet de scène » et malgré tout, l’effet est toujours aussi fort.
« Kids » et « Heroes » sont elles aussi de puissantes ballades où Mika délaisse un peu le piano, son instrument de prédilection, pour mettre en avant la guitare acoustique. Sur « Heroes », je me pose des questions : à qui s’adresse-t-il ? Ou dans quelle peau s’est-il mis pour écrire ces paroles ? Un amoureux ? Un soldat ? Un ami ? Finalement, les chansons ne sont jamais aussi belles que lorsqu’elles nous laissent l’opportunité de faire nos propres choix ou la possibilité de les « lire » à plusieurs niveaux…

« Love You When I’m Drunk » est… une vraie histoire de vie! A entendre ce refrain qui dit « Je ne t’aime que quand je suis éméché », ça m’a rappelé des souvenirs où quelques-un(e)s de mes ami(e)s ont eu, lorsqu’ils étaient en état d’ébriété, soit une sacrée tendance à aimer la planète entière et à le leur dire à cœur ouvert, soit à faire des choses qu’ils n’auraient jamais fait dans état dit normal. Cette chanson aborde-t-elle l’une ou l’autre de ces options ? Et bien, je vous laisse le découvrir par vous-même… toujours est-il qu’elle me fait sourire à chaque écoute puisqu’elle me rappelle ces vieilles histoires. Mais… sont-elles vraiment de l’histoire ancienne ou parfois encore d’actualité ? Çaaaa, c’est… une autre histoire. ;)

Je vous signalais plus haut que Mika était également un bon raconteur d’histoires… « Step With Me » et « Popular Song » racontent toutes deux une histoire, sur des thèmes différents mais avec un point de vue intéressant.
« Step With Me » démarre sur des clochettes qui me font penser à Noël mais après 6 secondes, on bascule vers un autre monde. Je suis sur une plage des Caraïbes, installée dans un transat, à juste écouter la douce voix de Mika… et à bouger les bras de gauche à droite sur le refrain. Cette chanson sent bon l’été, la plage et le soleil. A l’aube de l’automne, ça tombe bien, tiens !
J’apprécie beaucoup « Popular Song », principalement en raison du thème qu’elle aborde et de la façon dont il est amené. D’une certaine façon, quand Mika chante « I know about popular and all that you have to do is be true to you » (Je m’y connais en popularité et tout ce que tu dois faire est de rester toi-même), il est clair qu’il a parfaitement compris la vision que beaucoup de gens (fans ou non) ont de lui. Et qui est probablement la raison première pour laquelle il est apprécié : il est comme il est, il a amené sa personnalité et l’univers qui va avec au monde et… voilà, c’est comme ça. Et… ça marche !
Sur « Popular Song », Mika a comme acolyte Priscilla Renea, qui a notamment écrit des chansons avec Mary J Blige, Kelly Rowland ou encore Madonna. Sa voix apporte un plus à la chanson et offre une belle complémentarité à la chanson qui n’aurait pas la même « saveur » chantée en solo.

« The Origin Of Love » comporte des chansons à prénom, dont « Lola » et… « Emily ». Dès les premières notes d’Emily, j’ai souri… pour la bonne raison qu’’Emily, c’est… la version anglaise de « Elle Me Dit ». En même temps, j’aurais dû faire le rapprochement avant même de l’avoir écoutée, vu les titres respectifs. Emily et Elle Me Dit, c’est tout de même fort proche quand on les dit à voix haute… Dans la version française, il y a une phrase qui dit « Qu’est-ce que t’as l’air coincé, t’es défoncé ou t’es gay » et moi, je persiste à entendre « t’es défoncé au pèkèt ». Je doute fort que Mika fasse une allusion à notre breuvage national dans l’une de ses chansons. On mettra donc cette déformation sur le compte de ma belgitude.

 


 
Pour rester sur le côté francophone de Mika qui a – si vous ne le saviez pas - vécu quelques années en France et maîtrise donc parfaitement la langue de Molière, l’édition française Deluxe comporte trois chansons en français : « Karen », « L’Amour Dans le Mauvais Temps » et « Un Soleil Mal Luné ». Sans vouloir pousser à la consommation, les Euros dépensés ne me semblent pas excessifs pour ces belles histoires (ou poèmes ?) supplémentaires. Ce CD complémentaire comporte également « Tah Dah », chanson en anglais, et des remixes.

Mika nous a habitués à des couvertures psychédéliques et emplies de couleurs, couvertures créées par DaWack (dont le nom de ville est Yasmine Penniman et qui est la sœur de Mika). Lorsque la cover fait son apparition sur le net le mois dernier, c’est la surprise totale : elle est d’une sobriété hors du commun. Le visage de Mika légèrement tourné vers le côté, la tête orné de traits de couleur dorés et… tiens, à y regarder de plus près, on peut même y lire quelque chose. Essayez vous-même… ;)



“The Origin of Love” est une évolution naturelle de l’aventure que Mika a démarré en 2007 : finie l’enfance de « Life In Cartoon Motion » et derrière lui les années ados de « The Boy Who Knew Too Much », Mika est maintenant arrivé à l’âge adulte et parle d’amour tel qu’il le perçoit, tel qu’il le vit. Alors, évidemment, je ne peux m’empêcher de me demander de quoi il pourra bien parler dans un prochain album : la vie quand on devient un parent ? Une personne âgée ? Finalement, la réponse est simple : peu importe… Avec Mika, le plus important (et le plus intéressant), c’est finalement de se laisser faire. Parce que où qu’il nous emmène, on ne risque aucun mal.

Chez Mika, merci, j’ai passé un excellent moment avec ton album dans les oreilles… Je pense même prolonger un peu cette dose de bonheur musical cette semaine. Mais mince, j’ai d’autres sorties musicales à écouter, moi… Bref… La difficulté de passer à la plage 2 s’est maintenant étendue à tout l’album. Mika serait-il finalement un dangereux virus dont il est difficile de se défaire une fois que l’on est affecté ? Par chance, avec un titre d’album tel que « The Origin Of Love », je doute que le virus soit mortel… J’en suis même certaine. Me demande même si on ne devrait pas faire une injection directe dans les veines de certains cinglés qui hantent notre planète pour qu’elle se porte un peu mieux. Non ?


Tracklist :
The Origin Of Love
Lola
Stardust
Make You Happy
Underwater
Overrated
Kids
Love You When I’m Drunk
Step With Me
Popular Song
Emily
Heroes
Celebrate
Elle Me Dit

Bonus Tracks
Karen
L’Amour Dans le Mauvais Temps
Un Soleil Mal Luné
Make You Happy (Cherokee Remix)
Celebrate (Robbie Rivera Remix)
Elle Me Dit (Beata Cue Remix)
Make You Happy (L.A. Edit)
Tah Dah


jeudi 13 septembre 2012

Jack White – Lotto Arena, Anvers (06/09/2012)


Ah aaaah, nous y voilà enfin ! Ce soir, rencontre avec THE Jack. Pas le Jack de Stargate, pas le Jack de Pirates de Caraïbes, pas le Jack du Titanic (de toute façon, lui, c’est pas possible, il est depuis 1912 au fond de l’océan…). Le Jack de Nashville. Le Jack de « Cold Mountain ». Le Jack des White Stripes, des Raconteurs, des Dead Weather… Jack, quoi.

Autant vous dire que cette rencontre, je l’attendais de pied ferme. J’avais déjà râlé comme une malade de ne pas avoir eu de places pour le voir à Werchter alors évidemment, quand j’ai eu l’info de son retour en Belgique, je peux vous dire que mes doigts étaient des plus affutés au jour et à l’heure de la mise en vente des billets.

Pourquoi cette envie ? C’est à la fois simple et difficile à expliquer. Jack White n’est pas un homme extrêmement beau, n’est pas non plus un chanteur qui excelle niveau voix. Mais qu’a-t-il donc pour lui ? Pour commencer, il est un merveilleux poète qui, avec des mots parfois fort simples et avec une mélodie adéquate, sait séduire. Ca, c’est ce que la plupart des journalistes disent de lui et que j’approuve pleinement. Maintenant… de mon point de vue… je dois avouer qu’à chaque fois que j’ai regardé des vidéos, des concerts ou des – rares ! – interviews… Enfin bref, ce type me file des frissons à travers tout le corps à chaque apparition… et je ne suis même pas fichue de vous dire pourquoi ! Des frissons à l’écoute d’une chanson ou d’une voix, je connais mais pas à la simple vue d’un gars qui n’entre pas vraiment dans mes critère physiques idéaux. Bon… on va dire que j’ai enfin fini par rencontrer mon idéal charismatique. Mais juste par précaution, il fallait que je vérifie si l’effet serait le même une fois le bonhomme en chair et en os sous mes yeux… Le 6 septembre, c’était l’occasion…

Parlons de la première partie. Ou n’en parlons pas. De trop, du moins. Sachez seulement que Peggy Sue est un groupe originaire de Brighton en Angleterre et composé de deux femmes et d’un homme. Avec son mélange folk-blues country assez doux, la première chanson s’est avérée intéressante. Le principal souci, c’est qu’au final, toutes les chansons du set avaient la même sonorité, ce qui est contrariant quand on est censé montrer au public un éventail de ses capacités… Soit, ça aurait pu marcher mais ça ne m’a pas convaincue. J’ai d’ailleurs encore du mal à me remettre de leur version de « Hit The Road Jack » à deux voix…

Nous voilà plongés dans le noir tandis que les roadies aménagent la scène et installent les instruments. Et sont classes les roadies de Jack ! Chemises blanches bien repassées, bretelles noires et veston et/ou chapeau noirs pour certains. On se demande où il est allés les dégoter, ceux-là… Une fois tout le matériel installé, encore quelques minutes d’attente avant qu’un membre de la « Bande à White » vienne s’adresser à nous en nous demandant de ne pas prendre de photos ou de filmer le show. Pour contenter les fans voulant avoir un souvenir de la soirée, une photographe prendra les photos qui seront disponibles sur le site de l’artiste. Pas mal, le concept…

Intro sur fond de « I’m Shakin’ » de Little Willie John, seule reprise de l’album Blunderbuss, album que Jack et son band joueront dans sa quasi-intégralité. En parlant de band, le suspense est total : en effet – et vous le savez probablement déjà – Jack White fait sa tournée accompagné de deux groupes distincts : un groupe féminin, The Peacocks, et un groupe masculin appelé Los Buzzardos. Werchter ayant reçu sur sa scène Los Buzzardos, j’imagine que nous aurons probablement affaire aux Peacocks mais sait-on jamais avec un coco comme White… Je n’ai pas de groupes de prédilection puisque les nombreuses vidéos disponibles sur Youtube & Co ont démontré le talent des deux bands. Et… arrivée sur scène du groupe. Masculin !

On entre dans le vif du sujet avec le “Hardest Button To Button” des White Stripes. Faut quand même reconnaître qu’il la joue bien mieux que moi quand je m’applique sur le jeu « Rock Band 3 » sur la Nintendo DS. Le riff de guitare est aussi précis que sur l’album et en fin de chanson, l’ombre de White apparait en format géant sur la toile située à l’arrière de la scène semblant nous dire « Ici, c’est moi qui mène la danse ».
 

 
Enchainement direct sur « Sixteen Saltines » où Jack joue le morceau sur une guitare blanche et turquoise. Les tons bleutés semblent avoir les faveurs de l’artiste puisque pendant tout le concert, l’éclairage oscille entre le turquoise et le bleu électrique, donnant un effet et une ambiance toute particulière au show.


 
Ils jouent ensuite deux autres morceaux de Blunderbuss, « Missing Pieces » et « Weep Themselves To Sleep » sur lesquels Fats Kaplin et Ikey Owens démontrent leur efficacité au violon et au piano. A ce stade, le drap blanc a disparu et l’on découvre ainsi en arrière-plan les typiques trois traits verticaux de Jack White. Ce « trio » n’est pas là par hasard puisque Mr White a une obsession démesurée pour le chiffre 3. Je vous le démontrerai encore plus tard…

 
Jack et sa "série des trois"

A la fin de « Weep Themselves To Sleep », il s’adresse au public pour la première fois en nous disant qu’à chaque fois qu’il vient en Europe, il se demande quel public sera le… plus silencieux. Et ça ne rate pas, le public belge... hurle ! Il lance ensuite un « 1, 2, 3, 4 ! » et le groupe enchaîne sur une version endiablée d’ « Hotel Yorba » qui me fait swinguer !
 

Qui c'est les plus calmes? Pas les belges en tout cas...
 
Il troque sa guitare pour une autre pour la suite. « Top Yourself », la chanson des Raconteurs plaît au public qui tape dans les mains en rythme. Avant d’entamer la partie finale de la chanson, il s’abaisse et finit genoux à terre… Il descend son micro à sa hauteur pour nous demander à plusieurs reprises « How you gonna rock yourself to sleep ? » avant de reprendre le cours de la chanson… en passant d’un côté à l’autre de la scène et en empruntant même momentanément le micro de Cory Younts, son mandoliniste. C’est là que l’on se rend compte que la photographe officielle de la tournée ne doit pas avoir toutes les facilités du monde chaque soir… ;D
 
♫♪ Falling on my knees for the love of music... ♫♪


Retour à l’album solo avec « Trash Tongue Talker » où… mais bon sang, où est-il passé ? Personne devant le micro au centre de la scène et pourtant je l’entends bel et bien chanter ! Venez pas me dire qu’il a filé en coulisses pour chanter une partie de la chanson loin de nos yeux. Honnêtement, je l’imagine très bien faire ce genre de choses… mais… ah non, il est là ! Il m’aura fallu une bonne minute avant de réaliser qu’il est en fait à l’autre bout de la scène, assis et accompagnant son pianiste sur le morceau…
 

Isaiah Randolph “Ikey” Owens
 
A la fin d’ « Apple Blossom », il prend une guitare électrique avant de se raviser et d’opter pour une acoustique… laissant présager une improvisation ou une inversion dans les morceaux choisis. La symbiose entre Jack White et ses musiciens est impressionnante : en un mot, un geste de la part du musicien aux cheveux noirs de jais, son groupe suit… Ils entament « Two Against One », chanson de Danger Mouse (une des deux moitiés de Gnarls Barkley mais également producteur d’albums des Black Keys, Gorillaz, Norah Jones…) sur laquelle Jack avait apporté son amicale contribution en 2011. L’intro est superbe… Celle d’ « On And On And On » le sera tout autant. La guitare de Jack a déjà quelques heures au compteur et si le bois est abîmé par endroits, les cordes sont bonnes : entre ses mains, toutes les guitares paraissent neuves…
 
Le groupe enchaîne sur « Hypocritical Kiss » où White se lance dans un chouette solo : les yeux fermés, il fait osciller sa guitare pour apporter d’autres nuances au son qui en sort avant d’être rejoint par ses musiciens. Le tempo ralentit légèrement, Jack se dirige vers Daru Jones, le batteur, et sans transition (ou presque) démarre « Hello Operator » des White Stripes. Pour ce morceau, Dominic Suchyta, l’ami d’enfance de Jack, quitte sa contrebasse pour une basse.
 

Dominic Suchyta

Le groupe jouera ensuite « I Cut Like A Buffalo », unique morceau du répertoire des Dead Weather ce soir et là, ça commence à s’emballer dans la foule qui est autant à fond dans son truc que les gars sur scène. Le grand gaillard maintenant a côté de moi mais qui m’a donné des envies de meurtres à son arrivée en plantant son mètre quatre-vingts bien frappés devant ma petite carcasse d’un mètre soixante balance la tête avec frénésie (Yo pote, fais gaffe, je suis plus bas et tu vas me mettre un coup de boule si tu continues !). Sur scène, Jack fait par deux fois signe à ses musiciens qui s’immobilisent tout net pour lui permettre de glisser deux accords de guitare qui tuent et j’ai même l’impression d’entendre le début de « Paperback Writer » sur une partie improvisée ! Sur « The Same Boy You’ve Always Known », c’est carrément un type qu’on promène au-dessus de la foule ! Total délire à la Lotto Arena !
 
Eeeeet… je recommence à l’entendre sans le voir devant son micro. Pour le coup, j’ai retenu la leçon, tourne de suite la tête vers le piano et profite de sa prestation sur « Take Me With You When You Go ». Il reprend ensuite sa six cordes tandis que Kaplin joue quelques superbes accords de violon qui introduisent « Carolina Drama ». Ce même violon reste omniprésent lors du morceau et en fait ressortir toute la beauté en format « live ». A la fin de la chanson, la scène est plongée dans le noir… Seul un spot diffusant une lumière blanche, posé sur le sol à l’avant-scène, éclaire Jack… Jack « White ». Serait-ce là une coïncidence ou un clin d’œil?
 

Fats Kaplin
 
« Ball And Biscuit » clôture le set en beauté, mélange rock-blues faisant son petit effet et un vrai régal pour les aficionados de bons riffs de guitare… Mr White termine la chanson la guitare négligemment posée sur sa hanche droite, pas pour frimer… juste parce qu’il en a envie, juste parce qu’il peut se le permettre.

Le groupe quitte la scène et nous abandonne… mais pas pour longtemps ! Les six hommes reviennent pour un rappel et nous jouent encore trois morceaux. Attendez… trois ? Tiens, tiens… Ne vous avais-je pas dit que je reviendrais sur cette obsession de Mr White pour le chiffre « 3 » ? Est-ce un hasard ou un choix voulu ? Seul Jack saurait nous le dire… Par contre, je n’en ai pas fini avec le « chiffre White-ien » et la suite est définitivement une preuve que le gamin de Detroit porte une attention toute particulière au moindre détail.
Ceux qui étaient présents ce soir-là et qui ont osé un moment quitter des yeux les musiciens pour jeter un œil sur les spots situés sur le dessus de la scène verront là où je veux en venir. Pour ceux qui ne l’ont pas fait et pour les absents, il suffit de regarder la photo ci-dessous. Vous avez remarqué ? Allons bon, je vous ai dit qu’il faut quitter des yeux le musicien pour regarder plus haut ! (Oui, je sais, c’est pas facile de ne pas le regarder. Et je ne vous dit même pas en « live »…)
 

Série des trois, le retour...
 
Le groupe jouera en rappel une agréable version de « Steady As She Goes », chanson qui a lancé les Raconteurs, avant d’enchaîner sur « Freedom At 21 », dernier single en date de Jack, qui donne terriblement bien en version live.
Quelque part, ces deux morceaux sont tellement sympathiques qu’il parait inconcevable qu’ils ne soient pas inclus dans la setlist principale. Je réalise cependant que la tâche est loin d’être aisée étant donné la multitude de projets dans lequel le chanteur est impliqué mais force est de reconnaitre que la setlist de ce soir est parfaitement équilibrée et me convient tout à fait. Il ne nous manquait que « Love Interruption » mais pour ce faire, il nous aurait fallu les Peacocks.

Attendez… vous croyiez que j’en avais fini ? Vous pensiez que ça se finissait ainsi ? Et bien… pas tout à fait. Il restait le dernier morceau. Celui qui a fait le tour du monde. Celui qui m’a servi toute la semaine à faire comprendre à mon entourage que « oui, tu connais Jack White sauf que tu ne sais pas que c’est lui ». Ces 7 notes scandées à l’excès dans les stades de foot par tout bon supporter, à tel point qu’ils en ont fait leur propre hymne et – avouons-le – dénaturé la beauté première de cette chanson. Et quand les 7 premières notes de « Seven Nation Army » retentissent dans la Lotto Arena, j’ai les pieds ancrés dans le sol en position sumo, prête à être transbahutée à gauche ou à droite et… ah ben non. Les gens ont manifesté leur joie, certes, mais pas de débordements intenses. Par contre, tous les bras sont levés en suivant la rythmique donnée par Mr Jones qui aura assuré comme un malade derrière sa batterie toute la soirée ! Superbe moment !


Daru Jones
 
Bon, il n’a pas fait TROIS rappels mais j’étais déjà contente de le voir revenir une fois. J’ai craint un instant qu’il ne réapparaîtrait pas à cause des zouaves qui n’ont pas pu s’empêcher de prendre des photos (avec flash, bravo la discrétion…) malgré l’avertissement du début. Et comme Mr White fait comme bon lui semble, il aurait pu avoir les nerfs et nous dire « ZUT ! ».

Vous savez, Jack, il ne sourit pas… ou peu. Celui qui est venu ce soir-là à la Lotto Arena en pensant le voir arborer un large sourire ne connait vraisemblablement pas bien l’artiste. Il est toujours difficile de savoir ce qu’il pense ou ressent : est-il content ? Satisfait ? Ou au contraire fâché ? Blasé ?
Dans le regard, par contre, beaucoup de choses passent, notamment entre lui et son band… Mais avec son public aussi. A plusieurs reprises, il lèvera les yeux vers l’assemblée et à chaque fois, on a l’impression qu’il scanne la salle toute entière. Ce n’est pas compliqué, on se sent littéralement tout nu ! Il l’a notamment fait à la fin de « Carolina Drama » et je me suis alors dit que même s’il en faut beaucoup pour m’impressionner humainement, je ne saurais pas du tout par quel côté aborder une interview avec Jack White si l’occasion m’en était donnée.
Je me ferais probablement toute petite et attendrait de voir sa réaction avant de lancer une quelconque question.
Ou alors peut-être que je lui demanderais si le fameux projet avec les Stones va se concrétiser? S’il a été fier d’avoir Keith Richards pour inaugurer son studio Third Man Records (Third ? Traduction : TROISième… Ben tiens…) à Nashville ? S’il savait que Kasabian aimerait travailler sur un projet avec lui ? S’il compte créer un nouveau groupe ? Si oui, aimerait-il explorer un univers musical à l’opposé du sien ? S’il accepterait de faire un clin d’œil sympa en apparaissant en guest dans la série « Breaking Bad » pour y jouer le frère de Walter… White ? S’il a un artiste avec lequel il rêverait de travailler ?
Euuh… OK, ptèt que j’ai finalement un stock entier de questions qui partent dans tous les sens à lui poser. Ou alors ptèt que je me contenterai juste de l’écouter s’il a envie de parler. Parce qu’à la lecture des articles que j’ai eu en main au cours des dernières années, il est clair que ce gars-là a des choses intéressantes à dire, même si en concert, il se la joue timide quand il s’agit de nous parler… C’est peut-être pour cela qu’il m’impressionne et que je l’apprécie. Il sait ce qu’il veut, il sait ce qu’il fait… le tout sans en faire des tonnes et sans écraser tout le monde sur son passage. Sa musique, il la vit. Et ça… finalement… ça me va toujours.
 

 

Je ne saurais terminer cet article sans également féliciter les Buzzardos pour leur excellente prestation de ce soir-là. Sans remercier aussi Jo McCaughey, la photographe sans qui je n’aurais pas pu illustrer cette review. Vous pouvez d’ailleurs retrouver d’autres photos du show sur le site web de Jack White.

Oh allez… j’avoue ! J’avais mon appareil et oui, j’ai tout de même fait une photo... mais je ne crois pas que Jack m’en tiendra rigueur puisque celle-ci a été prise alors qu’il avait déjà quitté la scène.
Quand je vous disais que les roadies de Jack White avaient une dégaine d’enfer, je ne vous avais pas menti, non ? En l’occurrence, celui-ci était d’une grande gentillesse et a accepté notre demande avec un grand sourire. Ben oui… eux aussi, ils « font » le show. Thanks man !


Les girls et le roadie...
 
Je ne m’en lasse pas, de ce petit jeu à… 3 !


 
 
Setlist :
-         Intro : I’m Shakin’
-         The Hardest Button To Button (The White Stripes)
-         Sixteen Saltines
-         Missing Pieces
-         Weep Themselves To Sleep
-         Hotel Yorba (The White Stripes)
-         Top Yourself (The Raconteurs)
-         Trash Tongue Talker
-         Apple Blossom (The White Stripes)
-         Two against One (Danger Mouse cover)
-         On And On And On
-         Hypocritical Kiss
-         Hello Operator (The White Stripes)
-         I Cut Like A Buffalo (The Dead Weather)
-         The Same Boy You’ve Always Known (The White Stripes)
-         Take Me With You When You Go
-         Carolina Drama (The Raconteurs)
-         Ball And Biscuit (The White Stripes)

Rappel
-         Steady As She Goes (The Raconteurs)
-         Freedom At 21
-         Seven Nation Army (The White Stripes)

 

samedi 1 septembre 2012

The Killers - Live From The Royal Albert Hall (2009)

Les Killers… Quatre ptits gars de Vegas qui ont quitté la ville du péché pour aller répandre la bonne parole au-delà des frontières…
Je ne m’étais jamais penché sur leur cas avant qu’un ami ne me lâche le nom. « Connais pas » fut ma réponse. Je me suis faite traiter d’ignare et me suis vue priée d’aller visionner la vidéo « Somebody Told Me ». Je me suis exécutée et… suis tombée amoureuse de ce son.
J’ai passé le restant de la soirée avec Messieurs Brandon Flowers (chant), Ronnie Vanucci Jr (batterie), Mark Stroemer (basse) et David Keunig (guitare) sous les yeux.

 

L’album que je présente ce jour est le dernier en date, un album « live ». Certaines personnes ne considèrent pas les enregistrements en public comme de réels albums mais quand on en écoute un comme celui-ci, on se rend compte que certains groupes prennent toute leur valeur sur scène et qu’elle n’en étoffe que plus leur discographie et leur réputation.

Dans toute leur sagesse, les Killers proposent un CD audio et la version DVD de ce « live ». La tracklist n’est pas rigoureusement identique mais vous permet d’apprécier le moment à la maison ou sur la route…

 

Lorsque j’en avais fait l’acquisition, j’avais d’abord écouté le CD et était déjà séduite… J’ai donc vite visionné le DVD… Arrivée au générique de fin, le groupe avait réussi son coup : après être tombée amoureuse du « son » Killers, je suis tout bonnement tombée amoureuse des musiciens…
Dès la première chanson, on sent la cohésion du groupe et on voit très bien que chacun y a sa place. Certains trouveront la façon de jouer trop « carrée » ou réglée comme sur du papier à lettres… Mais en attendant, le résultat est là : pas de fausses notes, pas de faux pas… les quatre musiciens se connaissent depuis des années, connaissent leur répertoire sur le bout des doigts et assurent grave !
Le plaisir d’être sur scène devant un public déjà conquis est particulièrement visible chez Brandon Flowers… Le chanteur apprécie les moments où le public chante pour eux (Human ou la partie « I’ve got soul but I’m not a Soldier » de la chanson « All These Little Things That I’ve Done ») et où il les entraîne dans de grands mouvements de bras (This Is Your Life)… Réputé timide, il assure comme un chef sur « Bling » lorsqu’il quitte littéralement la scène pour apparaître en hauteur, juste à côté de cet immense orgue présent dans la salle, et à proximité de fans féminines limite hystériques (les filles, on se calme : il est marié et croit fermement aux liens du mariage…)


 
Les trois autres du groupe ne sont pas en reste… Plus calmes, à l’exception peut-être du batteur Ronnie Vannucci qui est un vrai spectacle à lui seul, leur présence reste forte : sans Dave et son riff de guitare, la célèbre « Mr Brightside » ne serait rien et sans la force tranquille de Mark, le bassiste, « Jenny Was A Friend of Mine » n’aurait définitivement pas la même saveur.
Difficile de faire ressortir l’une ou l’autre chanson en particulier : j’ai toujours aimé « This Is Your Life » et elle est encore plus belle en live, j’ai aimé la mise en scène pour « Bling », j’adore la légèreté de « I Can’t Stay », j’adore la musicalité de « The World We Live In », j’aime ce petit moment acoustique avec « Sam’s Town »… Mais que voulez-vous, je suis fan. Pas objective, donc…

 

Les Killers ne l’ont jamais caché : ils sont fans de l’Angleterre et de la culture British. Le fait qu’ils reprennent « Shadowplay » de Joy Division et qu’ils aient tourné ce « live » dans une salle anglaise n’est donc pas une grande surprise. Mais quelle salle, mes enfants ! Rien de moins que le Royal Albert Hall. Cette salle prestigieuse sert régulièrement pour des enregistrements live : de mémoire, j’ai à la maison les « live » des Corrs, de Robbie Williams et de David Gilmour. Et pourtant, jamais je ne l’avais vue comme je l’ai vue en visionnant le DVD des Killers. Pour une raison que je n’ai toujours pas pu déterminer, le Royal Albert Hall a assez touché mon cœur pour que je me jure d’aller le voir un jour. Ce que j’ai fait le 12 août 2011. Je crois que j’aurais pu frapper tout éventuel émeutier londonien qui aurait voulu m’empêcher d’atteindre le Hall !


 
Quelle fut mon impression? Pour résumer, si jamais je m’étais retrouvée devant une opportunité de travail dans l’établissement, je plaquais tout en Belgique pour y rester. Indépendamment du fait que la culture anglophone est profondément ancrée chez moi, j’ai été fortement émue par la beauté de la salle et de tout ce qu’elle dégageait. Elle est… juste belle. Même lorsqu’elle est « au repos », sans concert (ou alors juste avec les réglages sons des « Night of the Proms » du soir), elle semble vivante… et chaleureuse.
J’y retournerai. Je me le suis promis. Et je n’exclus pas d’y aller pour voir les garçons des Killers. Ce ne sera pas comme si je revivais l’album « live », ce sera mieux parce que ce sera… plus vrai. Parce qu’au final, un an après ma première rencontre avec le Hall, il me manque toujours autant. Et donc… si l’occasion se présente, il ne faudra pas me pousser beaucoup pour que je dise oui. Oui à Londres, oui à l’Albert Hall et l’occasion d’aller saluer et boire un pot avec les amis de Belakiss (Voir chronique ici).
Et un jour, je vous parlerai de la naissance et de la « vie » de cette salle… Peut-être même que je vous reparlerai tout simplement des Killers. De la difficulté de devenir une rock-star quand on a eu une éducation mormone, par exemple…

 

Saluons aussi le réalisateur du DVD, Dick Carruthers, également réalisateur des live de Keane (Live, 2007), de Van Morrison (Live In Montreux, 2006), d’Oasis (Familiar To Millions, 2000) et des White Stripes (Under Blackpool Lights, 2004). Il a su faire de ce film une aventure sympathique et esthétiquement superbe…

Si force est d’avouer qu’on pouvait effectivement me traiter d’ignare pour avoir osé rater un groupe aussi sympathique, je me suis bien rattrapée par la suite… Désormais, les Killers ont une place de choix dans mon « armoire à musique ».