mercredi 19 septembre 2012

The Killers - Battle Born (2012)


Presque quatre ans se sont écoulés depuis la sortie de « Day & Age », dernier opus studio des Killers, suivi d’une tournée qui avait emmené le groupe autour de la planète. Cela dit, ils ne sont pas pour autant reposés sur leurs lauriers puisque certains d’entre eux ont travaillé à leurs propres projets.

En octobre 2011, finie la pause, les quatre gars de Vegas se retrouvent dans leur studio pour travailler sur leur quatrième opus. Maintenant que je l’ai entre les mains et dans les oreilles, qu’en penser ? 

Et bien… les Killers n’ont jamais caché attrait pour la musique des eighties : U2, The Cure, The Who, New Order, Pet Shop Boys, Depeche Mode… sont autant de groupes qui ont influencé le quatuor dès leur plus jeune âge. Flowers a d’ailleurs un jour avoué n’avoir découvert la « bonne » musique américaine – Springsteen notamment - qu’à un âge déjà relativement avancé.
Certains morceaux de leurs précédents albums sont d’ailleurs marqués par cette époque mais « Battle Born » est, dans sa globalité, celui qui se rapproche le plus d’un album qui aurait pu sortir dans les années quatre-vingts. Dès ma première écoute, je n’ai pas pu m’empêcher de revenir 25 ans en arrière et de repenser à certains artistes de mon enfance. 

« Flesh And Bone » s’ouvre sur quelques notes de synthé avant que la voix de Flowers, tellement reconnaissable, viennent s’y poser. Belle envolée dans le pont de la chanson avant d’arriver au refrain qui annonce finalement la couleur de « Battle Born » : quoiqu’il arrive, nous sommes tous fait de « chair et d’os » et les Killers vont nous donner un aperçu de différents aspects de la vie au travers de leurs chansons… Lorsqu’arrive le refrain, c’est le son des Pet Shop Boys que j’entends. Ça dure l’espace d’un instant mais ça suffit pour me faire sourire… et me rappeler la collaboration du chanteur avec le tandem britannique lors de la cérémonie des Brit Awards 2009.
 

 

Les paroles m’ont fait penser au point de vue d’un soldat… en pleine guerre de Sécession. Et quelque part, je vois déjà la possibilité d’un chouette clip vidéo sur le thème. Ce ne serait en tout cas pas la première fois que les Killers se coifferaient d’un chapeau et de bottes de cow-boys.
 

 

 « Runaways », premier single du groupe, et « The Way It Was », la chanson qui lui fait suite dans la setlist ont toutes les deux le trait commun de parler du doute dans une relation amoureuse. Mettre deux chansons traitant du même sujet peut sembler dangereux car répétitif mais dans le cas de ces deux chansons, elles ont un côté complémentaire qui les rendent d’autant plus intéressantes. J’ai tout de suite craqué sur « The Way It Was » : on entre directement dans le vif de la mélodie et le riff de guitare qui la lance est tout bonnement impeccable. C’est d’ailleurs une des particularités de charme de Mr Keuning : il sait assurer côté solo de guitare mais a aussi le chic pour placer un riff court et surtout répétitif sur une chanson pour lui donner cet attrait tout particulier. Il répétera cette formule gagnante sur d’autres morceaux, toujours avec la même efficacité.

« Here With Me » offre à Brandon Flowers la plus belle opportunité de montrer la qualité et la clarté de sa voix. J’ai d’ailleurs la nette impression que sa voix s’est encore améliorée en justesse et en force depuis le dernier album. Superbe ballade démarrant avec le piano et la voix du chanteur qui nous explique que finalement, rien n’est plus fort que d’avoir près de soi celui ou celle que l’on aime, que le toucher vaut toutes les photos du monde… Si avec des mots pareils, il ne se ramasse pas encore sa horde de fans féminins lui vouant un amour sans limite sur le dos, je ne m’y connais pas…

Le début de « A Matter Of Time » a sonné comme une piqûre de rappel, comme une impression de déjà entendu. Juste sur le début avant que la chanson ne prenne son envol et son indépendance propre. Comme un air de… de… de générique des « Experts Manhattan ». Pas la première version. La seconde ! Mince alors…


 

 Dans la même optique, le début de « Deadlines And Commitments » m’a replongé dans le monde de Kate Bush. Kate aurait tout à fait pu interpréter cette chanson seule ou en duo avec les Killers.
C’est une impression bizarre que de visualiser un artiste différent de celui qui l’interprète en entendant une musique. Surtout quand elle se marque sur deux chansons d’affilée. Ceci dit, ces impressions sont brèves : si effectivement, le groupe a – consciemment ou pas – été influencé par d’autres artistes, les chansons n’en ont pas moins leur vie propre quand chaque Killers y apporte son talent. Car un des atouts des quatre du Nevada, c’est aussi cela : appuyer la présence de leur instrument respectif sur chaque morceau au moment idéal pour en apprécier toute la saveur dans sa globalité ! Quand Vannucci Jr commence à taper la batterie sur « A Matter Of Time » et que Flowers pose sa voix sur « Deadlines », bye-bye les Who et Kate, les Killers viennent d’entrer en scène… 

« Miss Atomic Bomb » est un superbe morceau que je serais curieuse de voir joué en live. Le résultat doit être épatant à voir… Lors d’une interview, le groupe a confié qu’une fois que « Runaways » et « Miss Atomic Bomb » ont été écrites, ils savaient alors qu’ils avaient trouvé la direction qu’ils voulaient donner à leur nouvel album. C’est notamment pour cette raison que je ne serais pas étonnée que « Miss Atomic Bomb » soit un des singles, si pas le prochain single que le groupe sortira. On verra si l’avenir me donne raison ou tort… Elle a en tout cas de sacrés atouts pour faire l’objet d’une vidéo. 

Les Killers ne sont pas du genre à baisser les bras facilement… S’ils croient en leur chanson, ils s’acharnent jusqu’à la rendre meilleure. Ainsi, « Runaways » avait déjà été jouée en public en 2009 mais n’avait pas rencontré le succès escompté auprès du public. Qu’à cela ne tienne, on reprend et on améliore parce qu’on y croit ferme. « The Rising Tide » fait aussi partie de ces chansons : préparée pour être jouée au London Hyde Show l’an dernier, le groupe décide finalement de ne pas la jouer ce jour-là et de l’améliorer.

« Heart Of A Girl » est une chanson superbe où l’on ne sait pas si notre narrateur est plongé dans un rêve, dans ses souvenirs ou si tout cela est bien réel. Pour l’influence musicale, je pencherais pour Lou Reed. Plus précisément pour un son à la « Walk On The Wild Side ». Et souvenons-nous que le membre du Velvet Underground et les gars de Vegas se sont déjà croisés par le passé…
 


 

« From Here On Out » a tout de la chanson sympa qu’on chanterait en groupe dans le fin fond des bois (ou du désert pour les Killers) devant un bon feu… Et quelque part, la chanson a tout de l’ambiance d’un bon Tom Petty. J’irais même encore un peu plus loin en disant les Traveling Wilburys auraient certainement pris plaisir à rejoindre les Killers auprès du feu et de jouer « From Here On Out » avec eux. 

« Be Still » est une autre ballade, une autre belle histoire où les claviers et le piano dominent. La guitare, acoustique ici, est discrète mais apporte ce qu’il faut de présence pour donner un cachet additionnel à la chanson.

L’album se clôture sur la plage-titre. Ouverture avec riff de guitare, rejoint par la batterie, les claviers… et la chorale des Las Vegas Master Singers, déjà présents sur « Heart Of A Girl ». Ils apportent sur cette chanson toute la force que l’on peut retrouver dans les chœurs utilisés par Jim Steinman chez Meat Loaf…
On finit en beauté : nous sommes certes faits de chair et d’os mais ce n’est pas pour autant qu’on se laisse faire, ce n’est pas pour autant qu’on abandonne nos rêves… Nous avons tous en nous la capacité de nous battre, nous sommes nés pour nous battre. Et pas forcément les uns contre les autres avec des armes à feu. 

C’est d’ailleurs ce que Flowers a expliqué lors d’une interview accordée à Rolling Stone : « En un sens, tous les américains sont ‘nés d’une bataille’. Nos ancêtres sont venus ici pour quelque chose de meilleur ».
Pas faux… mais « Battle Born », c’est aussi un terme que l’on retrouve sur le drapeau du Nevada parce que celui-ci est devenu un Etat pendant… la guerre de Sécession. Ce que j’ai découvert après mon commentaire concernant l’une des plus sanglantes guerres sur le territoire américain sur « Flesh And Bone ». Les Killers souhaitaient-ils nous amener dans cette direction dès le départ ? Allez savoir… Quand on sait que le studio d’enregistrement qu’ils ont racheté en 2008 porte également ce nom, je me dis que les coïncidences ont peut-être bon dos…


 

« Battle Born » ne s’est pas fait dans la facilité et s’est révélé être lui aussi le résultat d’une bataille de tous les instants.
Pour commencer, les quatre garçons ont eu quelques difficultés à retrouver leurs marques une fois réunis après plus d’un an de pause.
Une fois leur ligne directrice trouvée, il fallait encore choisir le producteur. Ils n’en voulaient qu’un mais le planning imposé par le groupe ne permettait à aucun des producteurs contactés de tenir les délais. Qu’à cela ne tienne, ils prennent les cinq :

-      Stuart Price, vieil ami du groupe depuis son remix de « Mrs Brightside » et déjà producteur de « Day And Age » mais également collaborateur de Madonna.
-      Damian Taylor, producteur des derniers albums de Bjork et de The Prodigy.
-      Brendan O’Brien, qui a, entre autres, sur son CV « Blood Sugar Sexy Magik » des Red Hot Chili Peppers, « Black Ice » d’AC/DC, « Get A Grip » d’Aerosmith et… « The Rising » de Springsteen.
-      Daniel Lanois qui a travaillé avec Brian Eno, Peter Gabriel, Bob Dylan ou encore U2.
-      Steve Lillywhite, fraichement décoré de l’Ordre de l’Empire Britannique pour son apport dans le monde de la musique, qui a à son actif des collaborations avec des artistes tels que Simple Minds, The Rolling Stones, Beady Eye, Evanescence et qui travaille pour l’instant avec les 30 Seconds To Mars.
Faut tout de même reconnaitre qu’ils savent s’entourer les Killers… Chapeau bas également aux différents ingénieurs-sons qui ont assuré le mixage de l’album dont Robert Root, l’ingénieur attitré du studio Battle Born, pour leur excellent travail. 

L’enregistrement de l’album sera aussi entaché par un drame : en avril dernier, Tommy Marth, leur saxophoniste, se donne la mort. Le groupe et le musicien se connaissaient depuis de nombreuses années et Tommy avait accompagné les Killers sur plusieurs tournées. Il devait venir jouer sur « Battle Born » et… sans vouloir verser dans le mélo, on peut tout de même imaginer que ce décès brutal a forcément eu une incidence sur la suite des événements. 

Finalement et malgré ces obstacles, les Killers se sont enfin laissés aller en faisant la musique qui leur plait avec les influences qui leur plaisent, sans se conformer aux standards musicaux imposés par notre époque, sans prêter attention ce que la presse attendait d’eux… et ça leur va plutôt bien, je trouve. 

Je me suis penchée sur les paroles avec une attention toute particulière puisque j’avais lu que Mr Flowers avait travaillé d’arrache-pied sur celles-ci. Il s’en dégage parfois une grande mélancolie et tristesse mais… ce n’est pas cela qui a le plus attiré mon attention. Certains mots sont courants dans des chansons (love, par exemple), d’autres beaucoup moins : il est donc surprenant d’en retrouver à plusieurs reprises dans un même album.
« Battle Born » fait certes l’objet d’une chanson mais est également cité dans « Flesh And Bone ».
Même chose dans « The Rising Tide » : le terme est dans la chanson-titre et intégré dans « Battle Born ».
Le terme « venom » se retrouve également dans « The Rising Tied » et « Battle Born ».
La fille qui rit avec ses amies (« Laughing with your girlfriends » - A Matter Of Time) serait-elle aussi celle qui se tient dans la rue (« You were standing with your girlfriends in the street » - Miss Atomic Bomb) ?
Imposition de mots volontaire ou fruit du hasard? Si c’est la première option, bravo, coup de génie. Si c’est la seconde, je dois VRAIMENT arrêter de cogiter… D’ailleurs, je me demande si ce n’est pas ce que je vais faire. M’en vais me refaire une fois « The Way It Was » et « Deadlines And Commitments », tiens! Pour commencer…

 

 

 

PS – La version Deluxe comporte deux inédit « Carry Me Home » et « Prize Fighter » et un remix de « Flesh And Bone ». Trois titres, c’est peu, je vous le concède mais pour même pas 1 Euro de la chanson, faites-vous plaisir : les inédits sont sympathiques et le remix est plein de pêche !

Tracklist :

Flesh And Bone
Runaways
The Way It Was
Here With Me
A Matter Of Time
Deadlines And Commitments
Miss Atomic Bomb
The Rising Tide
Heart Of A Girl
From Here On Out
Be Still
Battle Born

Bonus Tracks
Carry Me Home
Flesh And Bone (Jacques Lu Cont)
Prize Fighter

 

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