dimanche 4 avril 2021

« Exil pour l’enfer » (2021) - Gwenaël Le Guellec


Il parait que l’enfer, c’est les autres. C’est du moins ce que Sartre avait affirmé dans sa pièce Huis Clos… Pour Yoran Rosko, personnage central d’Exil pour l’Enfer, c’est tout de même un peu cela… puisque ce sont finalement toujours ces « autres » qui le sortent de sa vie solitaire. 

Bien que ce blog soit principalement centré sur la musique, première et éternelle passion, il n’exclut aucune forme artistique éveillant également chez moi réactions et émotions. Le théâtre et la photo en sont deux autres mais l’évasion par la lecture également. 

Ma rencontre avec ce héros malgré lui s’est faite au détour d’un roman proposé par Kobo pour la modique somme de… 1€. À ce prix-là et avec un pitch accrocheur, faut tenter l’aventure ! J’ai ouvert Armorican Psycho, le premier roman de Le Guellec, l’été dernier et ai littéralement dévoré ses 784 pages en un temps record. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette rencontre a été percutante. Coup de foudre pour ce premier roman.

 



Est-il possible de tomber amoureuse d’un personnage de roman ? Il y a un an, je vous aurais dit qu’on peut apprécier des êtres de papier. J’éprouve toujours une grande tendresse pour Beverley Marsch (Ça, Stephen King), Chris Chambers (Le Corps, Stephen King), le Renard (Oliver Twist, Charles Dickens) ou encore Athos (Les Trois mousquetaires, Alexander Dumas). Mais de là à tomber amoureux… Quoique… quand on partage autant de points communs avec un personnage, il est difficile de ne pas tomber amoureuse, finalement. La photo, les déambulations solitaires dans cette obscurité qu’on préfère à la lumière du jour, les Doc Martens, un intérêt certain pour la musique, même génération… Mis à part pour l’achromatopsie et quelques autres détails, il m’a été facile de me mettre dans la peau de Yoran. « Accro aux autopsies ? » Nan. A-chro-ma-top-sie. Le petit « truc » qui différencie le jeune Brestois des héros classique, c’est qu’il souffre d’un trouble de la vue qui l’empêche tout bonnement de voir… en couleurs ! Sa vision du monde se fait donc entièrement en noir et blanc. 

À la fin du premier livre, Yoran partait pour Amsterdam dans une clinique spécialisée, le Rotterdam Eye Hospital. Exil pour l’enfer, le second roman s’ouvre sur une découverte macabre en plein taïga russe : trois cadavres nus, avec un mystérieux message inscrit à même la chair. Yoran, lui, revient à Brest pour un adieu à un ami disparu en mer, malgré la promesse de ne plus revenir dans sa ville natale. Il ne le sait pas encore mais ces trois cadavres, retrouvés à 3000 kilomètres de lui, sont le point de départ de sa nouvelle aventure ! Une aventure où il va tenter de déjouer les plans d’une congrégation à la tête d’un projet machiavélique, menée par un leader se faisant appeler « L’Œil ». 

Nous allons ainsi parcourir de nombreux kilomètres au fil des pages, en passant par l’Allemagne, l’Irlande, l’Estonie, le Danemark, la Finlande... et finir dans le froid polaire de la Sibérie. Yoran fera plusieurs rencontres lors de son périple mais à qui peut-il faire confiance ? Parce que dans l’ombre, un homme sans nom fait lui aussi des victimes. Sa soif de justice fera-t-elle de lui le prochain sur la liste du tueur ? A vous de le découvrir ! 




Au-delà du personnage central, les livres de Gwenaël Le Guellec ont également une autre force. Celle de faire plaisir aux curieux. Je m’explique : un auteur n’a que les limites qu’il se fixe et certains imaginent des villes, des lieux parfois créés de toutes pièces alors qu’il suffit peut-être, simplement, de faire usage du monde qui nous entoure… Ce  que l’auteur a fait. Une salle de concert bretonne, un aéroport abandonné et un night-club à Berlin, un parc d’attraction à Copenhague, un orphelinat en Estonie, une église surréaliste à Helsinski, un ancien complexe minier sur une île en plein Golfe de Finlande, etc. Tous les lieux évoqués existent réellement et ont des histoires qui valent la peine qu’on se penche dessus ! De surcroit, j’avoue que pour le côté nordique, la fan qui dévore les Ragnar Jonasson, Asa Larsson ou Mo Malo, etc. en a eu pour son argent, là !

En tout cas, je vous conseille vivement d’avoir votre Google Images à portée de main en lisant le livre et d’y rechercher le lieu lorsque celui-ci apparait : une autre façon de « vivre » pleinement les scènes du livre !

 

Berhain (Berlin)









Tempelhof airport (Berlin)








Temppeliaukio (Helsinki)









L’auteur breton ne s’arrête pas là puisqu’il continue à nous régaler – comme il l’avait fait dans son premier roman – avec quelques références cinéma mais aussi avec des titres musicaux et artistes. Pas moins de vingt noms apparaissent dans les 597 pages, dans des registres variés : ce n’est pas tous les jours que l’on voit Sinatra partager l’affiche avec Rammstein, Massive Attack, Frankie Goes to Hollywood, Depeche Mode, Bowie ou la talentueuse (et Oscarisée!) compositrice islandaise Hildur Guðnadóttir (Sicario : Day of the Soldado, Joker, Trapped...) !

 


Bref, cette fois encore, en refermant ce second opus des aventures de Yoran Rosko, j’en suis arrivée à la même conclusion : ce monde est tellement visuellement riche et le personnage psychologiquement intéressant qu’une adaptation en film ou – dans une certaine mesure – en série télé pourrait trouver son public. Eux-mêmes habitués aux paysages impressionnants et aux personnages torturés, un Baltasar Kormàkur ou un Taylor Sheridan pourrait sans aucun doute assurer à la réalisation ou au scénario sans dénaturer l’œuvre originale. Reste à trouver des acteurs et actrices qui pourront rentrer dans les « costumes » de cette galerie de personnages tellement forts qu’il faut trouver… les perles rares.

Je n’ai probablement qu’un seul regret concernant Exil pour l'enfer : dans le premier opus, Yoran s’associe à un homme nommé Le Bris pour mener à bien son enquête. Je ne vous donne pas plus de détails concernant cet homme mais j’aurais voulu à nouveau voir ce chouette tandem collaborer. Mais qui sait ? Armorican Psycho et Exil pour l’Enfer font apparemment partie d’une trilogie. Peut-être reverrons-nous Le Bris dans ce dernier opus…

Bien qu’étant déjà un peu triste à l’avance d’avoir à dire adieu à un personnage que j’apprécie (et déjà en train de préparer une dissertation comportant au moins mille raisons de ne pas enfermer Yoran dans un vieux coffre à balancer dans le port de Brest), je me réjouis déjà de lire la suite de ses aventures. 



Remarque importante : bien qu’Exil pour l’enfer soit la suite des aventures de Yoran, il n’est pas obligatoire de lire Armorican Psycho avant d’entamer celui-ci. Je ne peux toutefois que vous conseiller de le faire, rien que pour faire connaissance avec Yoran et son univers breton et vivre une sacrée aventure avec lui. 

Bon, c’est malin… J’ai envie de faire ma demi-valise, d’y jeter mon appareil photo et une parka et d’aller explorer, moi, maintenant ! Sauf que là, c’est compliqué. On va se donc « juste » ouvrir un (autre !) livre pour voyager mais un jour, bientôt peut-être… quelque part en Bretagne, au Pays de Galles, en Allemagne ou ailleurs…

 

Yesterday is nothing but a bad memory

And it’s time to get rid of it eternally

You’re not alone, don’t you worry about it anymore

The night is yours and I wonder what’s you’re waiting for

It can only get better.

 



Exil pour l’enfer est édité chez Nouveaux Auteurs et est notamment disponible chez Club (Belgique), Lalibraire.com,  Leslibrairies indépendantes (Belgique), Fnac BelgiqueKobo(liseuse), Amazon (livre & Kindle), etc.

mardi 9 mars 2021

Le 8 mars, c'est... compliqué. Parce que tout le monde a raison.


Hier matin, rendez-vous avec la Bagarre dans la Discothèque, comme dès que possible… 

Ce lundi, l’équipe a préparé des questions en relation avec la journée internationale de la f…, la journée internationale des dr…. Euh, enfin, la journée internationale du 8 mars, quoi. Vous voyez ? Non ? Oh allez… vous voyez laquelle ? 

Sous le couvert d’une entrée en matière sur le ton de l’humour (et du second degré, précisons-le), j’ai été interpellée par les diverses réactions que j’ai observées, à savoir plus de réponses sur l’appellation de la journée que sur les questions en elles-mêmes. La Bagarre dans la Discothèque s’est transformée en Bagarre dans les Commentaires pour déterminer si le 8 mars est la « Journée Internationale de la Femme » ou la « Journée Internationale des Droits de la Femme ». 

Où me suis-je située à ce moment-là par rapport au débat ? Honnêtement, nulle part… J’étais surtout extrêmement mal à l’aise parce que j’ai ressenti – alors que je suis moi-même femme ET féministe – énormément d’agressivité dans ces réactions. Ne pas être d’accord est une chose, le faire en attaquant sans arguments/sources décrédibilise – selon moi - la cause que l’on défend. 

Pour être honnête, je n’avais pas non plus la réponse à cette question mais brûlait par contre d’envie de la connaitre. Je me suis donc penchée sur de nombreux articles et sources pour en savoir plus sur le « Jour dont on aurait bien peur de prononcer le nom ». 

L’histoire du féminisme et de la lutte pour le droit des femmes est vaste et s’étend sur (presque) tout le globe : par exemple, la Belge Marie Popelin devient en 1888 la première Docteur en Droit de Belgique mais la juridiction refuse qu’elle prête serment en raison de son sexe. En conséquence, elle fonde en 1892 – notamment avec sa sœur, première diplômée en pharmacie de Belgique - la Ligue belge du droit des femmes.

 

Marie Popelin

En 1907, l’allemande Clara Zetkin est à l’origine de la première Internationale des Femmes socialistes. En 1910, durant la seconde édition, elle évoque pour la première fois dans un discours la création d’une « journée internationale des femmes », centrée sur l'obtention du droit de vote pour les femmes, et parvient à la faire voter. La première Journée de la Femme a lieu le 19 mars 1911 et pour l'heure, seuls 4 pays y participent. Les suffragettes feront bien entendu également avancer le mouvement, au travers de leurs nombreux sacrifices : grèves de la faim, emprisonnements... 

 

Clara Popelin (centre)


La lutte pour le respect des femmes ne date donc pas d’hier… Toutefois, d’un point de vue purement technique, la dénomination officielles des journées internationales (et mondiales) revient à l’ONU : les « journées » sont présentées à l’Assemblée générale par les différents Etats membres et validée officiellement par elle. Elle est donc l’organisme officiel en termes de dénominations. 

Les langues officielles de l’ONU sont au nombre de 6 : l'anglais, l'espagnol, le français, l'arabe, le chinois et le russe. N’ayant pas la prétention de maîtriser les trois dernières, penchons-nous sur les autres. 

La journée qui nous occupe aujourd’hui a été officialisée en 1977. Les anglophones désignent cette journée par International Women's Day, les hispanophones par Día Internacional de la Mujer : pas de notion de droits, donc. Pour les francophones, l’ONU reste également sur cette position mais… c’est tout de même un peu plus compliqué que ça. 

En 1982, la première journée est organisée en France, poussée entre autres par Yvette Roudy, Ministre au sein du tout jeune Ministère des… Droits de la Femme. Il n’est donc pas impossible que les deux causes se sont fondues l’une dans l’autre pour donner naissance à cette « Journée internationale des Droits de la Femme ». Si l’on s’en tient au sens « officiel » du terme, c’est donc la notion reprise par l’ONU qui prévaut mais l’autre a un jour pris son envol pour être utilisée dans de nombreux pays francophones. Les deux sont donc pleinement valides et chacun est libre de choisir l’un ou l’autre sans avoir… tort.

 

Yvette Roudy


Amusons-nous en continuant le raisonnement avec nos deux autres langues nationales : que se passe-il du côté des Néerlandais et des Allemands ? Les néerlandophones sont sobres : Internationale Vrouwendag (quoique sur Bruxelles, cette semaine toute entière est consacrée à des évènements dédiés aux droits de la femme). Les Allemands sont… prolifiques, on va dire : ils célébrent le 8 mars sous les appelations Internationaler Frauentag (journée internationale de la femme), Weltfrauentag (Journée de la lutte des femmes), Frauenkampftag (journée des combats des femmes), Feministischer Kampftag (journée des combats féministes) et Frauentag (journée des femmes). 

Le jury suédois nous glissera à l’oreille qu’eux célèbrent l’Internationella kvinnodagen (Journée internationale de la femme). 

Il est intéressant de réaliser que si l’on voit souvent des personnes rectifier dans le cas de la « Journée Internationale (du Droit) des Femmes », la question ne semble jamais se poser pour la « Journée Internationale des Hommes » (19 novembre). Cela est très probablement du parce qu’il existe déjà une « Journée internationale des droits de l'homme » (10 décembre). À mon sens, notre société prônant de plus en plus l’inclusion, il serait peut-être temps de penser à renommer celle-ci puisque dans ce cas, l’homme a un sens plus large que celle qui désigne l’être aux deux coucougnettes. 

J’ai aussi vu passer dans les commentaires plusieurs critiques vis-à-vis de l’ONU. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, il n’est pas là. L’ONU a certes parfois manqué de compétences lors de certains événements (notamment lors du génocide au Rwanda en 1994, qui avait aussi coûté la vie à plusieurs de nos soldats belges, ou son manque d’organisation et de réactivité suite au tremblement de terre en Haïti en 2010) mais dans une structure aussi énorme, il est impossible que certains couacs n’apparaissent pas… Cela ne devrait pas être le cas mais il ne faut pas non plus être naïf. Ou naïve. 

Plutôt que d’attaquer l’ONU, il est intéressant de se pencher ce qu’il a apporté de positif dans la vie de nombreuses personnes, dans différents pays. Ils sont à l’origine d’organisations telles que l’UNESCO (qui promeut l'éducation, la science et la culture) ou l’UNICEF (qui contribue à l’amélioration de la condition des enfants).

Plus que de se battre avec la linguistique ou un élément textuel, il me semble plus important de poser des gestes pour contribuer à améliorer les droits des femmes. Même si on peut parfois faire avancer les choses avec des – ou un – mots, les actes sont parfois plus porteurs que les mots. Ce que l’ONU a fait en créant ONU Femmes en 2010 (Son nom est nettement plus porteur en anglais : The United Nations Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women, càd Entité des Nations-Unies pour l'égalité des sexes et l’émancipation des femmes). Elle est à l’origine de la campagne HeForShe, lancée officiellement en 2014 par le discours impressionnant de l’actrice Emma Watson, qui compte parmi les plus forts que j’aie jamais eu l’occasion d’écouter et le plus proche de ma définition personnelle du féminisme.

 

 

Sinon, vous pouvez toujours faire un beau doigt d’honneur au premier c*** ou à la première c**ne qui vient vous balancer que « eh, c’est ton jour aujourd’hui, t’es dispensée de vaisselle ! C’est cool, nan ? ». Un geste a parfois plus de poids qu’un mot, je disais donc…  

Nous pouvons tous être des militants pour le droit des femmes… mais personnellement, je préfère le faire à la façon de Rosa Parks. Sans hurler. Sans agresser. J'évoquais d'ailleurs ce pan de l'histoire dans un autre article, écrit en 2013.

 

Rosa Parks


Il est donc forcément logique que mon choix de réponse à la question du jour « Quelle est la plus belle chanson qui évoque une grande personnalité féminine de l’Histoire ? » ait été influencé par elle.

 



dimanche 6 septembre 2020

Three Kings – The Old Vic (05/09/2020) FRENCH

W.A.W. Non mais, waw quoi ! Quel paquet d’émotions en pleine tronche ce soir, mes amis… 

Chez nous, en France, en Angleterre et dans de nombreux autres pays, la vie est difficile pour le monde artistique et la culture en général... 

À Londres, le West End est fermé depuis maintenant plusieurs mois et connaît la période la plus difficile de son histoire. Certains théâtres bénéficient d’un peu d’aide mais pas tous. Alors, pour survivre, il faut trouver des solutions. En faisant par exemple usage des techniques modernes de communication. 

Ainsi, l’Old Vic, situé à une quinzaine de minutes à pied du National Theatre, a créé une nouvelle série de pièces baptisées On Camera. Tout est dans le nom : le public achète sa place en ligne et reçoit un lien qui lui permet d’assister à la pièce via Zoom. Certes, cela ne vaut pas l’ambiance, l’odeur et l'agréable staff de la salle de la vieille bicentenaire mais c’est une façon comme une autre de retourner dans un lieu qui me manque. Et de retrouver un comédien pour lequel j’ai une affection toute particulière. 

Prévue au départ pour le mois d’août, Three Kings, écrite pour être interprétée par Andrew Scott, a été reportée suite à l’hospitalisation du comédien.  La patience est une vertu qui apporte bon nombre de récompenses. Ce fut définitivement le cas ici. 

Bien sûr, je me dois d’être honnête avec vous dès le départ. Ceux qui me connaissent savent très bien que je suis à présent capable de fort peu d’objectivité lorsque j’évoque Andrew Scott. Découvert comme bon nombre dans la série Sherlock, c’est suite à une rencontre inattendue que j’ai découvert son monde théâtral. L’énorme tendresse que je ressens toujours aujourd’hui pour The Dazzle (2015), jouée au défunt Found111, a créé une forme de contrat avec Scott : tu vas sur scène, je débarque de Belgique… Hamlet (2017) Sea Wall (2018), Present Laughter (2019) démontre à elles seules, avec leurs univers tellement différents, le « spectre » (oui, oui, c’est un jeu de mots volontairement choisi) théâtral de l’Irlandais.   

Three Kings est un seul en scène qui aborde les relations père-fils, dans toute leur complexité. La pièce se divise en trois actes, présentant plusieurs moments dans la vie de Patrick, le héros de l’histoire : l’enfance, où il rencontre son père pour la première fois, qui le met face à un défi à réaliser avec trois pièces, trois… Rois ; l’âge adulte, où il apprend la mort de son père par une de ses connaissances et, dans le dernier chapitre, la rencontre avec son demi-frère… Chaque volet de l’histoire apporte son lot de surprises, de désillusions et de conséquences sur la vie et la personnalité du notre personnage central. 


The Three Kings game...


La pièce montre la Vie sous un des aspects les plus durs : un enfant qui rencontre un père qu’il imagine affectueux dès leurs retrouvailles mais qui, au final, se soucie peu de ce fils qui s’avère être une épine dans le pied dont il faut vite se débarrasser pour s’enfuir loin. Le plus loin possible. Lorsque le fils arrive à le retrouver pour lui dire qu’il a réussi le défi des trois Rois, c’est une nouvelle déception qui l’attend. La suite ne sera finalement que claques en plein visage pour le jeune Patrick. 




Malgré un thème dont il est difficile de rire, quelques doses d’humour et de sarcasme viennent se glisser entre les lignes du texte écrit par Stephen Beresford, permettant au public de n’en apprécier que plus le moment passé avec Scott. 



Lors de l’heure passée en sa compagnie, l’Irlandais exprime différentes émotions liées aux événements. Dans le premier volet, son regard et ses postures donnent naissance à l’enfant qu’il doit être. Par la suite, on le verra successivement nous offrir un Patrick surpris, déçu, fâché… On le verra aussi donner naissance à d’autres personnages, pour créer les échanges que Patrick a avec eux. Il sera le seul « ami » de son père, il sera Trisha, tenancière d’un bar ayant bien connu son père ; il sera son demi-frère qui, nouvelle claque, porte le même prénom que lui, comme si son père avait voulu oublier jusqu’à son existence... Au bout du compte, notre héros finira la pièce à fleur de peau. Comme moi. Qui aura vécu cette heure à du 200%. 




Comme évoqué plus haut, le confinement des théâtres a obligé ces derniers à être inventifs. Matthew Warchus, directeur artistique de l’Old Vic depuis 2015 et metteur en scène de Three Kings, a donc ici dû oublier toute mise en scène classique et trouver un moyen d’atteindre son public de manière différente. Andrew Scott est ainsi sur la scène de l’Old Vic mais, probablement pour la seule fois de notre vie, nous sommes avec lui sur cette scène et voyons en arrière-plan… les sièges de la salle, tous vides. Comme pour nous rappeler un bref moment le désastre culturel qui est en train de se jouer depuis plusieurs mois. Trois angles de caméra pour trois périodes différents. Pour trois rois. 



Matthew Warchus nous accueille à l'Old Vic...


Trois Rois qu’ont été Andrew Scott, pour sa magistrale interprétation ; Stephen Beresford, pour la justesse et l’équilibre parfait de son écriture et Matthew Warchus, pour le défi de mise en scène à coups de caméras et de connexions à distance relevé haut la main. Après Pride, superbe film sorti en 2014, il était agréable de retrouver ces trois-là sur un projet. Nul doute qu’ils arriveront à se retrouver pour de nouvelles aventures, dont je me réjouis déjà. 



Il y a deux jours, Andrew Scott était interviewé par Dermot O’Leary sur la scène de l’Old Vic à propos de sa vie de comédien, du théâtre, de Three Kings et de cette période un peu particulière que nous traversons. Il a notamment dit que « c’est au théâtre que l’on éprouve des frissons » et que « nous comptons sur l’art pour nous garder en vie » et qu’il trouvait extraordinaire que, malgré la pandémie, cette pièce démontrait qu’ « il y a une forme de communauté, même si nous sommes éloignés ». Il ne pouvait pas taper plus juste puisque pour ces cinq représentations, des habitants de 72 pays se sont connectés à leur PC, leur télévision, leur tablette... pour y assister. 


Dermot O'Leary et Andrew Scott


Le théâtre est une famille pour ses comédiens. Elle l’est aussi pour ceux qui aiment s’installer dans les sièges de ces théâtres pour y vivre des émotions. Comme Patrick l’a expérimenté, l’alchimie familiale fonctionne parfois de manière mystérieuse… Mais pour moi, ce soir, l’alchimie familiale Scott-Beresford-Warchus était belle et bien là, sur scène, dans toute sa splendeur. Merci messieurs ! 

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L’Old Vic est un théâtre qui ne bénéficie pas de subsides du gouvernement anglais. Les ventes de billets sont donc leur principal revenu pour donner vie aux pièces mais également pour payer leur personnel, entretenir le bâtiment et travailler sur des projets avec la jeunesse et la communauté théâtrale. Pour faire une donation, il vous suffit de cliquer ICI. 

Bien entendu, la situation est tout aussi problématique pour de nombreux théâtres, centres culturels, ASBLs… dans d’autres pays. N’hésitez donc pas à aider ces derniers si vous le pouvez, si vous le souhaiter. Chaque Euros, chaque Livres Sterling, chaque petite pièce peut faire une différence...


Images : © The Old Vic, 2020

 

Three Kings – The Old Vic (05/09/2020) ENGLISH

W.O.W. No I mean, really… WOW! Tonight was quite me receiving a bundle of emotions right in the face, my friends... 

Right now in Belgium, France, England and many other countries, it currently is a difficult time for the artistic world and culture in general... 

In London, the West End has now been closed for several months and is going through the most difficult period of its entire history. Some theaters get little help from government, but not all of them. In order to survive, these have to find solutions. Using modern communication is one of those. 

For example, The Old Vic, based at a 15-minute walk from the National Theater, has worked on a new creation called On Camera. The name says it all: people buy their ticket online and receive a link allowing them to watch the performance via Zoom. Of course, the atmosphere, smell and friendly staff of the old bicentennial venue is missing, but it’s just another and different way for me to come back to a place I miss. And another chance to see an actor for whom I have a very special affection perform again. 

Originally scheduled in August, Three Kings, written especially for Andrew Scott, has been postponed following the comedian’s hospitalization. Patience is a virtue that brings many rewards. This was definitely what happened here. 

Of course, I have to be honest with you from the very start. Those who know me well know that I am showing very little impartiality when it comes to Andrew Scott. I discovered him, like many of you, in the Sherlock series but it was after an surprising encounter that I found out about his theatrical world. The enormous tenderness I still feel today for The Dazzle (2015), played in the late Found111, gave birth to a form of contract with Scott: you go on stage, I leave Belgium for a London stay… Hamlet (2017) Sea Wall (2018), Present Laughter (2019) are pretty good demonstrations, with their very different universes, of the Irishman’s theatrical “spectre-um” (yes, it's a very deliberate pun…) 

Three Kings is a one-man play about father-son relationships, in all their complexity. The play is divided into multiple acts, presenting several moments in the life of Patrick, the main character of the story : childhood, where he meets his father for the first time, presenting him with a challenge to accomplish with three coins, three… Kings; adulthood, where he learns of his father's death from one of his acquaintances and, in the last chapter, a meeting with his half-brother… Each part of the story brings its surprises, disillusions and consequences on the life and personality of our central character. 

The Three Kings challenge... 


The play shows Life’s harshest sides: a child meeting a father for the first time for an - he thinks - affectionate conversation but who, in the end, cares little for this son who he sees as a thorn in his side he wants to get rid of quickly in order to run away. As far as he can. When his son phones him to say that he has find out about the Three Kings riddle, yet another disappointment awaits him. Resulting ultimately in a few slaps in the face for young Patrick. Again. 



 

Despite a theme not easy to laugh at, Stephen Beresford provides a few lines of humor and sarcasm between the lines of his text, allowing the audience to appreciate even more this moment spent with Scott. 


 

For an hour, the Irishman goes through different emotions depending on the events. In the first part, his gaze and postures give birth to the child he has to be at that moment. Subsequently, he will successively offer us a surprised, disappointed, angry version of Patrick… We will also see him bring other characters into reality, in order to create the interactions Patrick has with them. He will be his father’s only "friend", he will be Trisha, a bar owner who has known her father well; he will be his half-brother whom, again a slap, he shares a same first name, as if his father had wanted to forget he even existed... In the end, our hero will end on a thin-skinned line. Like me. Who have immersed myself in this play fully and completely. 


 

As mentioned above, the theaters’ closure has forced them to be inventive. Matthew Warchus, artistic director of The Old Vic since 2015 and director of Three Kings, therefore had to forget about any classic staging and find a way to reach audiences differently. Andrew Scott is on the Old Vic stage but - probably for the only time in our lives - we are with him on stage and sometimes see, in the background, the venue’s seats… all empty. As if he wanted to remind us for a brief moment the cultural disaster the UK has now been experiencing for several months. Three camera angles for three different time periods. For three kings. 


Matthew Warchus welcoming us in the Old Vic 

Three Kings... Andrew Scott, with his masterful performance; Stephen Beresford, for the accuracy and perfect balance of his writing and Matthew Warchus for this successful challenge of directing with cameras and Zoom connexions have shown they truly are kings of their own. After working together on Pride - the definitely worth seeing 2014 film - it was nice to have these three working on a new project. I have faith they will work together again in the future. And looking forward to this next project. 


 

Two days ago, Andrew Scott was interviewed by Dermot O’Leary on the Old Vic stage about his life as an actor, theatre, Three Kings and this special period of time we are going through. He mentioned that "theatre is where the thrill is", that "we rely on art to keep us alive and thrive" and that he found it extraordinary that, despite the pandemic, "there's community even though we're all apart." He could not have been more right as people from 72 different countries connected their laptop, TV, smartphones… to attend to these five performances. 

 


Dermot O'Leary and Andrew Scott

 

For actors, theatre is another version of family. People sitting in all these theatre seats also feel like they belong to a family. As Patrick experienced, family chemistry sometimes works in mysterious ways… But tonight, I thought the Scott-Beresford-Warchus family chemistry was indeed very much present on stage in all its glory. "One can be touched and moved. One can be touched but not moved. One can’t be touched and moved. " I was touched. And I was moved. So… Thank you gentlemen!

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The Old Vic does not receive funding from the British government. Ticket sales are therefore their main income to offer new plays to audiences but also to pay their staff, support their projects with youth and their community and, basically, keep the building open. If you want to make a donation, all you need to do is click HERE.

 

Of course, the situation is just as problematic for many theaters, cultural centers, non-profit organizations... in other countries. So do not hesitate to help them if you can, if you wish to help. Every Euro, every Pound, every little coin can make a difference.

 

All pictures : © The Old Vic, 2020


mardi 28 avril 2020

The Stairs ou… la meilleure chanson d’INXS (X, 1990)



Au détour d’un post innocent sur Facebook afin de répondre à une question musicale m’étant adressée, deux autres intervenantes ont joint la conversation et ont fini par faire virer le post en version parallèle de la Bagarre dans la Discothèque de l’émission Entrez sans Frapper (La Première). Précisons par ailleurs que nous sommes toutes les trois des participantes régulières de ce jeu musical qui active tes neurones et élargit tes connaissances musicales.

Miss K propose donc une question « Quelle est la plus belle chanson d’INXS qui pourrait être proposée à Jérôme Colin (nda : chef d’orchestranimateur d’ESF) pour une prochaine émission ? ». Miss C surenchérit en demandant d’argumenter ce choix.

Ma réponse ? « The Stairs. Point barre. Et j'ai l'argumentation sans souci. Parce que je l'aime cette chanson. […] (Et c'est vrai qu'on ne passe jamais assez d'INXS sur La Première, j'dis pas ça pour influencer, hein... J'pose juste ça là...) ».

Ma réponse est-elle subjective ? Absolument.
Est-elle dès lors non recevable ? Ah, nenni. Pas si j'explique pourquoi elle est si belle…

Quelle est la particularité de la chanson en général par rapport à d’autres formes d’art ? L’association entre une mélodie ET des paroles.
Quelle est la particularité d’une chanson-bonheur ? La combinaison entre LA mélodie et LES paroles par-fai-tes. Et un frisson.
Bon allez : la chanson !



Tenez, la mélodie de The Stairs, par exemple. Une crescendo, une belle comme je les aime. On démarre la chanson au synthé. Calme, soft. Arrive doucement, en arrière-fond mais bien là, une touche de guitare. Doucement, pas besoin de se presser. Ensuite, un peu de batterie mais on continue dans la douceur. Un soupçon de percussions que la basse rejoint. Voilà… Nous sommes à la 30e seconde et tous nos instruments ont fait leur apparition. Pendant 30 nouvelles secondes, ils s’apprivoisent, apprennent à se connaitre. Et puis, la guitare décide de prendre un peu d’autonomie… Premier frisson.
Une minute dix-neuf, une seule et unique note de basse dit à la batterie d’enchaîner, emportant un brin la rythmique de la chanson vers quelque chose de plus énergique. Deuxième frisson. Déjà là, je sais que je ne vais pas y échapper…
Une minute quarante. C’est le temps qu’il faut attendre avant d’entendre la voix de Michael Hutchence. Un temps de dingue que je ne vois pourtant pas passer tellement je suis envoûtée par la mélodie. La voix étant un instrument à elle seule, celle d’Hutchence semble elle aussi guider les instruments vers de nouvelles étapes de la chanson, tantôt avec douceur, tantôt avec un peu plus de puissance… Avec, aussi, le lot de frissons que sa voix de velours a toujours eu sur moi.
Cette chanson, rien qu’à sa mélodie, donne l’impression que chaque instrument a une vie propre, une chose à dire. Qu’ils sont tendresse mais rage aussi.
Presqu’au bout de trois minutes, Hutchence leur rend leur liberté pour les laisser à nouveau s’exprimer : batterie, basse, guitare, percussions… Chacun veut nous dire une dernière chose avant que la chanson ne s’éteigne. Hutchence les rejoint une dernière fois pour le refrain avant que tout ce beau monde ne ferme boutique alors que toi, tu voudrais que ce morceau dure jusqu’à plus soif.

Et les paroles alors ? Aaah les mots ! Difficile d’expliquer la beauté de mots avec d’autres mots mais… essayons. Commençons par préciser que Michael Hutchence considérait ce titre comme sa chanson la plus ambitieuse et qu’elle est apparemment la préférée d’Elton John issue du catalogue du groupe.
The Stairs (Les Escaliers) parle des hommes et de leurs vies, de leurs peurs, de leurs passions, de choix à faire… mais en incluant le tout dans un paysage urbain. Paysage où quels que soient la rue, le bâtiment ou l’étage, nous continuons à passer les uns à côté des autres sans nous voir alors qu’en fait, nous partageons tous le même espace, nous avons tous des mouvements – des histoires - identiques. Le message est sous-jacent mais bien là : on est tous ici, ensemble sur la même planète ; posons-nous deux secondes et prenons le temps de réfléchir à ce que nous sommes, ce que nous voulons et… à voir les autres autour de nous. À voir que nous ne sommes pas seuls. Et à un peu plus communiquer entre nous, pour tout dire.
Voilà toute la beauté des mots de cette chanson : elle te laisse voir ce que tu veux et tu ne peux pas t’empêcher de t’interroger, voire de la lire avec des niveaux différents, comme ces étages qui défilent dans l’ascenseur. Loin d’être moralisateur, Michael Hutchence te dit ce que lui voit. À toi de choisir ton chemin…

The Stairs a presque trente ans d’existence. Aujourd’hui, au moment où bon nombre de gens sur notre planète sont confinés dans des buildings, où l’on doit se tenir à distance les uns des autres, ces paroles prennent assurément encore un tout autre sens. Comme une petite claque. Comme une piqûre de rappel de notre humanité qui perd parfois ce côté humain… Un comble quand on lutte contre un méchant virus qui vole des vies par milliers.

Au-delà de la mélodie et des paroles, il y a aussi les hommes qui se cachent derrière The Stairs, à savoir INXS, six Australiens. Composé et écrit par Andrew Farriss et Michael Hutchence, le tandem créatif du groupe, le titre est inclus sur X, leur septième album, mais n’est malgré tout jamais sorti en single à grande échelle. 
Six mecs qui ont fait les beaux jours des années 80 et du début des années 90. 
Six types qui ont, en 1990, rempli le célèbre stade de Wembley. Quatre soirs d’affilée. Encore aujourd’hui, certains artistes ne peuvent pas se vanter d’en avoir fait autant. Et ne pourront probablement jamais le faire. 


Si l’écoute des albums fait du bien, cela reste en live – comme souvent ! - que le groupe démontre toute ses harmonie et talent. Encore aujourd’hui, après dieu sait combien de concerts, c’est celui d’INXS qui reste le plus fort. Parce que c’était mon premier ? Probablement. Mais aussi parce que voir ces six-là avoir autant de plaisir à être ensemble sur scène et avec nous, ça ne s’oublie jamais.

Par chance, The Stairs a été capturée en images en 1991, lors d’un autre concert à Wembley, encore plus vibrante que la version album. On notera à la 02:53 ce magnifique "je chope un nouveau stick, j'envoie l'autre valser et vous avez rien vu, hein ?" par l'excellentissime Jon Farris. Image particulièrement bien attrapée par David Mallet, réalisateur du concert. La fan de batterie en moi a fait son trip rien qu’avec ces deux secondes-là. :D



The Stairs… Cette chanson, tu peux me la passer 25 ou 50 fois, ce seront 25 ou 50 fois où je vais avoir les poils des bras et de la nuque qui se dressent d’un frisson, comme une décharge électrique sans douleur, comme une impression de bonheurs dont on veut encore... Parfois, tu sais pourquoi, tu sais l’expliquer et mettre des mots dessus (comme je le fais ici) mais pas toujours… C’est juste un frisson. 
Si toi aussi, tu as déjà ressenti ce gros méchant frisson, alors je pense que tu as trouvé ta ou tes chansons-bonheur. Parce que ton corps, lui, t’aura physiquement fait ressentir cette combinaison d’une mélodie et de paroles… parfaites.

Hier, alors que j’écrivais cet article, Miss K. et Miss C. ont animé mon mur Facebook pendant la soirée. À coups de GIFs déments, de références cinéma, de vannes bien placées et de quelques musiques de bon cru. Résultat : j’ai oscillé entre écriture sérieuse et gros fous rires. On peut donc dire que les délires de Miss K. et Miss C. auront apporté plus de soleil hier soir que ceux qui semblent un tantinet développer des attitudes anxiogènes face à un confinement un peu compliqué. (Je juge pas, chacun vit son confinement comme il peut – ou comme il veut ? - après tout !)

Morale de l’histoire : je maintiens qu’on entend jamais assez d’INXS sur les ondes radios pour frissonner de bonheur et qu’il ne faut jamais sous-estimer la puissance du tandem K. C. &… the Sunshine Band pour égayer un confinement!